Bonne année 2003? Ca dépend…

Alors que s’ouvre l’année européenne des personnes handicapées, de nombreux services wallons d’aides aux handicapés mentaux ignorent comment ils boucleront leur budget 2003. Certains recourent déjà à d’étonnantes « astuces »

Une petite fille trisomique tapote sur un mur « 1, 2, 3 piano… ». Gros plan sur son visage, messages: « Elle ne parle pas comme un autre enfant, elle ne pense pas comme un autre enfant… Mais sa sensibilité, elle, est intacte. » Le spot télévisé se termine sur l’image d’une ribambelle de mômes entourant la fillette et l’annonce: « 2003 est l’année des personnes handicapées. éa pourrait aussi être l’année des premiers pas. » Diffusé à l’initiative du commissaire du gouvernement à la Sécurité sociale Greet van Gool (SP.A), ce spot inaugure une campagne médiatique destinée à promouvoir l' »Année européenne des personnes handicapées » (1). Le but de cette initiative, qui devrait s’avérer riche en manifestations de sensibilisation? Mettre en lumière les obstacles et les discriminations qui touchent, chaque jour, plus de 37 millions de personnes au sein de l’Union européenne.

« J’espère que 2003 nous apprendra que c’est à nous de nous adapter aux personnes handicapées et non l’inverse, précise Greet van Gool. Et que cette adaptation ne demande pas beaucoup d’effort ou d’argent. Souvent un petit geste suffit. ». Sincère et humaniste, la remarque n’en est pas moins perçue par de nombreux travailleurs du secteur social comme une bonne résolution que l’on se dépêchera d’oublier dès l’épiphanie. Ce sentiment prévaut actuellement parmi une quarantaine de services d’aide aux handicapés mentaux adultes de Wallonie, fédérés au sein du « Collectif article 29 ». Ces centres, qui emploient 200 équivalents temps plein et encadrent plus de 500 personnes handicapées, possèdent les autorisations de prise en charge des personnes sans ils ne bénéficient pas des subsides et des agréations indispensables à leur bon fonctionnement. Comme c’est (trop) souvent le cas dans le secteur social, ces centres ont vu le jour (voici près de vingt ans pour les plus anciens) pour répondre à une demande impérieuse des parents qui ne trouvaient pas de place adaptée pour leur enfant dans les institutions agréées. Des petites structures sont donc nées, avec un bricolage administratif en guise de plan de fonctionnement. Ce n’est qu’une fois les structures sur les rails que les responsables ont essayé de trouver des arrangements pour obtenir une agréation auprès des pouvoirs subsidiants. « A l’époque, se rappelle Jean-Luc Lefévre, responsable du Foyer de Saint-Ghislain, l’un des services du Collectif 29, les activités proposées par nos différents services ne rentraient pas dans les cases des formulaires d’agréation. Avec le temps et l’intérêt des politiques pour notre travail, on espérait que les choses allaient évoluer positivement. »

Las, malgré leurs demandes répétées de normalisation, ces centres fonctionnent aujourd’hui avec des moyens de financement « précaires ». Un moratoire, bloque, en effet, la reconnaissance de nouveaux centres depuis 1997. « Le moratoire n’est pas aussi strict qu’on veut bien le laisser entendre, explique Olivier Petit, chef de cabinet adjoint du ministre des Affaires sociales et de la Santé de la Région wallonne, Thierry Detienne (Ecolo). En 2001 et 2002, nous avons ainsi accordé des dérogations qui ont permis la création d’une centaine de places. Le moratoire, dont nous ne cachons pas qu’il est toujours maintenu pour des raisons budgétaires, permet surtout de poser une réflexion, bien nécessaire, sur la future programmation des services d’aide en Wallonie. On remarque, par exemple, que l’offre dans le secteur doit être diversifiée. Ainsi, on peut dire qu’il y a actuellement trop de services d’hébergement de type long et pas assez de places pour les séjours courts. Ceux-ci permettent pourtant aux familles des personnes handicapées de souffler de temps à autre. On doit donc mettre en adéquation la demande et l’offre. » En attendant, le ministre Detienne vient d’allouer à chacun des services du « Collectif 29″ une prime unique de 5000 euros pour couvrir des activités pédagogiques. Pour le plus long terme, un groupe de travail, sous la direction du ministre-président du gouvernement wallon, Jean-Claude Van Cauwenberghe (PS), se penchera, dès janvier 2003, sur le cas des  » articles 29 « . Une solution pourrait ainsi voir le jour en assimilant des associations du Collectif 29 aux institutions bénéficiant déjà des avantages liés au tout nouveau Plan de Résorption du Chômage (P.R.C), lancé par la ministre de l’Emploi et de la Formation, Marie Arena (PS).

Quoiqu’il en soit, il serait peut-être temps d’accélérer la manoeuvre. Plusieurs institutions en difficulté n’hésitent pas, comme elles le disent, « à faire du Français », c’est à dire accueillir des handicapés français pour lesquels le gouvernement d’outre-Quiévrain débourse de 149 à 198 euros par journée d’hébergement. Faudra-t-il généraliser cette pratique pour sortir une partie du secteur de son actuelle précarité? « …pas beaucoup d’effort ou d’argent. Souvent un petit geste suffit. » dit la campagne télévisée. C’est la méthode Coué, il suffit d’y croire fermement.

Vincent Genot, (1) www.eypd2003.org

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