» Big Three  » : la grosse panne

Les trois géants américains de l’automobile sont confrontés à l’une des crises les plus graves de leur histoire

Le Salon automobile de Detroit ouvrira en janvier 2006 dans un climat lourd. Les  » Big Three « , les trois géants américains – jadis fierté de l’empire yankee – sont confrontés à l’une des crises les plus graves de leur histoire. Chrysler, le plus petit de la bande, est certes en meilleure forme, mais voilà sept ans déjà qu’il s’est fait boulotter par l’allemand Daimler-Benz. Sous le poids des pertes et des dettes, les nos 1 et 3 mondiaux, General Motors et Ford, se battent, eux, pour leur survie. Tous deux s’apprêtent à lancer des plans draconiens de restructuration. GM vient d’annoncer la fermeture (totale ou partielle), d’ici à 2008, de 12 usines et la suppression de 30 000 emplois (près de 9 % de ses effectifs). De son côté, Ford envisagerait l’arrêt de 10 sites au moins et le renvoi de 25 000 à 30 000 salariés au cours des cinq prochaines années. Quatre ans après une première cure d’austérité, ce nouveau plan est attendu pour janvier.

Cette thérapie de choc suffira-t-elle ? Rien n’est moins sûr. Car les maux dont souffrent ces mastodontes sont profonds. Leur taille, leur pléthore de marques les rendent difficiles à man£uvrer. Soucieux de réduire leurs coûts, trop longtemps centrés sur les light trucks – 4 x 4 et pick-up à la consommation vorace – ils ont laissé Japonais et Européens leur tailler des croupières. La part de marché de GM aux Etats-Unis est à son plus bas niveau depuisà 1925. Pour enrayer – en vain – leur déclin, les  » Big Three  » ont offert, depuis 2001, rabais et crédits à taux zéro ; ils n’ont fait que provoquer une guerre des prix destructrice. A présent, les usines de GM et de Ford tournent respectivement à 79 et 72 % de leur capacité. Les deux constructeurs ont aussi multiplié les erreurs de gestion. Ainsi, l’alliance éphémère avec Fiat aura coûté à GM 1,5 milliard de dollars de dédommagement ! Pour comble de malheur, ils doivent faire face aujourd’hui à l’explosion des dépenses de retraite et de santé de leurs personnels. Ces charges s’élèvent, en 2005, à près de 4 milliards de dollars pour Ford et 5,7 pour GM. Rien d’étonnant si leurs états-majors sont fragilisés et sous pression. Des rumeurs de raid circulent. Comme un symbole, en 2006, Toyota devrait détrôner General Motors de sa place de leader. Le groupe américain l’occupait depuis 1930. l

Bruno Abescat

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