Bien vivre et bien mourir

Guy Gilsoul Journaliste

Face à la mort, le Moyen Age a cherché des réponses. Enquête au musée du Cinquantenaire à Bruxelles.

Seule certitude : nous allons mourir. Mais comment réagir ? Quelle réponse nous donnent nos ancêtres nés entre le vie siècle mérovingien et le xvie siècle de la Contre-Réforme au c£ur d’un vaste territoire chrétien autant qu’hétérogène qui s’étire de la Suède à la Bretagne ? L’exposition surprend, étonne, effraie. Elle est construite autour de quatre sections thématiques généreusement documentées par des images peintes ou sculptées, des objets quotidiens, des manuscrits, l’une ou l’autre reconstitution (une chambre de mourant inspirée par un tableau de Van der Weyden par exemple) et quelques squelettes bien réels.

1. VIVE LA VIE

Certes, on meurt beaucoup au Moyen Age. Guerres, famines, épidémies font des ravages. Pourtant, on vit bien (surtout entre le xie et le xiiie siècles) et jusqu’à la soixantaine. Seul bémol : la mortalité infantile. Dans le cimetière de Westerhus (Suède), la moitié des tombes accueille des enfants de moins de 5 ans. Pourtant, les hôpitaux existent et, de même, une véritable politique de santé publique. Les recommandations se succèdent : boire l’eau du puits plutôt que celle puisée dans la rivière, éviter les excès alimentaires, faire du sport, s’aérer. Chez soi, on veille à se laver régulièrement les mains avec du savon, les chambres sont aérées et celles des enfants orientées du côté du soleil levant…

2. VIVE LA MORT

Et puisque la mort n’est pas une fin absolue mais un passage, elle se prépare. Quand elle arrive, elle convoque toute la famille, les proches et les voisins. On ne meurt pas seul au Moyen Age. D’abord, parce qu’il faut aider le mourant à éloigner le Malin. Ensuite, parce que par les prières on garde l’assurance d’un lien avec le Dieu. Une fois le décès constaté, d’autres rituels se mettent en place jusqu’à l’inhumation, et bien après. Le corps sera-t-il habillé de ses plus beaux vêtements ou seulement enveloppé d’un linceul ? Sera-t-il enterré au plus près des lieux sacrés (qui ainsi assurent leur protection), en dehors de la ville (comme les exclus, les juifs, les lépreux et les condamnés) ou, enfin, au voisinage de la maison familiale afin de ne point rompre le lien avec les ancêtres ? D’une région à l’autre, d’une époque à la suivante et selon le statut social, le modus operandi change. De la même manière, même si la religion condamne le dépôt d’objets auprès du mort, on en trouve et parfois des plus étranges comme des dents d’ours, des arêtes de poissons et des coquilles d’£ufs.

3. ET QUE LA MORT S’AFFICHE

L’humilité convient aux pauvres. Jamais aux riches. Il s’agit donc pour eux de ne pas totalement disparaître. D’où l’art des gisants et des monuments funéraires. Quitte même à jouer la modestie en se couvrant d’un simple drap. Ou mieux encore, en se présentant, rongé par les vers et la pourriture.

4. LE PARI

Eviter l’enfer. Avant que ne se discute l’existence du purgatoire (au xiiie siècle), l’enfer existe sur deux niveaux. Le premier est transitoire. Là, Dieu n’a pas encore abandonné le défunt, mais il le fait souffrir dans un étang de soufre et de feu tout en lui laissant un jour de répit par semaine, le dimanche. Le second, bien plus redoutable (l’enfer biblique), est un lieu de damnation universelle. Un puits ténébreux. Seule une bouche largement ouverte en signale l’entrée. Mais rassurons-nous : la dernière £uvre exposée évoque son contraire : le paradis. Ouf.

Entre Paradis et Enfer, aux Musées royaux d’art et d’histoire. Parc du Cinquantenaire, à Bruxelles, jusqu’au 24 avril 2011. Du mardi au dimanche, de 10 à 17 heures. www.mrah.be

Catalogue (sous la direction de S. Balace et A. De Poorter). Fonds Mercator.

GUY GILSOUL

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