Ben le héros

Louis Danvers
Louis Danvers Journaliste cinéma

Ben X révèle le talent du Flamand Nic Balthazar. Primé à Montréal, il n’en sera pas moins (provisoirement) absent des écrans de Belgique francophone…

Faut-il s’y résigner ? Dans le cinéma comme dans tant d’autres domaines, les  » marchés  » francophone et flamand sont de plus en plus souvent traités comme des réalités séparées. Si la plupart des gros films américains connaissent encore une sortie nationale, il n’en va vraiment plus de même pour les films français, dont la plupart ne sont pas projetés sur les écrans de Flandre. Quant au cinéma belge, il subit plus qu’aucun autre cette scission de fait. Peu de productions francophones sortent à Anvers, Gand ou Louvain, et encore moins de films néerlandophones paraissent à Mons, Liège ou Namur.

Dernier exemple en date, le film de Nic Balthazar, Ben X, n’a pas été sous- titré en copies suffisantes pour sortir simultanément dans les parties flamande et francophone du pays. Il sera dès lors à l’affiche, à partir de cette semaine, des seules salles flamandes et d’un écran bruxellois. Rien d’exceptionnel, vu le phénomène tout juste décrit. Oui mais voilà : présenté en compétition à l’important Festival de Montréal, Ben X y a trusté les récompenses, remportant à la fois le Grand Prix et le Prix du public. Sur la lancée, il vient d’être choisi pour représenter la Belgique aux oscars (1) en février 2008, et la cour de Belgique a communiqué officiellement que la princesse Mathilde assisterait à une projection du film au début octobre.

Voici donc un film belge qui fait l’événement, qui se voit couronné dans une manifestation francophone et acheté par un important distributeur français… tout en restant invisible en Wallonie ! Kinepolis Film Distribution, qui en détient les droits pour l’ensemble du pays, compte désormais le sortir dans le sud du pays, mais bien plus tard et en alignant cette sortie sur celle choisie en France…

Réel ou virtuel ?

Ben X est l’adaptation d’un roman, Niets was alles wat hij zei, déjà transposé en monologue pour la scène sous le titre Niets. L’un et l’autre ont été inspirés à Balthazar par un fait divers authentique : le suicide d’un garçon de 17 ans, autiste léger, qui s’était jeté du haut du château des comtes, à Gand, après avoir été victime d’un féroce harcèlement à l’école qu’il fréquentait.  » Je ne cherchais pas une histoire, mais cette histoire m’a trouvé « , commente celui qui fut journaliste de cinéma avant de devenir coup sur coup romancier, dramaturge et réalisateur.

Dans le film, Greg Timmermans interprète de captivante façon le personnage de Ben, que les persécutions dont il fait l’objet poussent à chercher refuge dans l’univers des jeux de rôle sur Internet. Sur la toile, pour des milliers de joueurs en ligne du monde entier, il peut être un héros. Parvenu au niveau 80 d’un jeu d’heroic fantasy, il y vit par guerrier interposé des aventu- res trépidantes, souvent accompagné d’une partenaire avec laquelle il échange aussi des e-mails, et qui aimerait bien le connaître en réel…

Avec une belle efficacité dans la mise en scène, Nic Balthazar fait de Ben X tout à la fois un spectacle potentiellement populaire et une réflexion sur un sujet aux résonances très actuelles. L’intégration réussie des images  » réelles  » et de celles du jeu dans lequel s’échappe le jeune héros ajoute à la réussite d’un film qui ne trouve ses limites que dans un final exagérément théâtral et optimiste. Dommage que Ben X doive rester, quelque temps encore, un spectacle  » virtuel  » dans le sud du pays…

(1) Il lui faut encore être retenu parmi les cinq nominés pour l’oscar du meilleur film en langue étrangère. Une sélection qui sera annoncée le 22 janvier prochain.

Louis Danvers

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