Balade dans les îles

C’est un chapelet d’îles anachroniques accrochées le long de la rive asiatique. Büyükada, Heybeliada, Burgazada et Kinaliada ont chacune leur caractère. Sur ces îles, les voitures sont interdites et les seuls véhicules à moteur sont ceux des administrations. Des chevaux, parfois fatigués, traînent des calèches qui servent de taxis aux résidents. A la fin du xixe et au début du xxe siècle, les îles, qui étaient jusqu’alors le lieu d’exil pour les prétendants au trône écartés du pouvoir et pour des moines ascétiques, sont devenues la destination préférée de la bourgeoisie istanbuliote, souvent issue des minorités juive et chrétienne. Leur isolement a pris fin en 1846, avec la mise en place des premiers bateaux de ligne. Aujourd’hui, des vapur et des catamarans, dont la fréquence augmente en été, relient les îles au départ de Bostanci et de Kadiköy, sur la rive asiatique, ou de Kabatas et d’Eminönü, sur la rive européenne de la ville. Les îles vivent essentiellement l’été. Les somptueuses maisons, souvent en bois travaillé comme de la dentelle, se vident à l’automne et se raniment avec les premières chaleurs de l’été. Les propriétaires les moins patients rouvrent leurs demeures dès la saison du mimosa, fleur caractéristique des lieux.

Büyükada est volubile et extravagante. D’excellents restaurants de poissons accueillent le visiteur. L’été venu, des petits bateaux vous emmènent sur les plages privées aménagées sur la côte ouest. Dans le centre de l’île, au sommet de la seconde colline, se dresse le monastère Saint-Georges, ou Aya Yorgi, lieu de pèlerinage partagé par les Grecs orthodoxes et les jeunes musulmans qui viennent y demander à Dieu, qui un époux ou une épouse, qui une maison. A côté du monastère se trouve une sorte de guinguette. En sirotant une bière ou un raki, le regard sur le panorama, on oublie bien vite les efforts qu’il a fallu fournir pour grimper la pente très raide qui mène jusqu’ici.

Heybeliada possède quatre collines. Celle qui est le moins bâtie abrite le séminaire grec orthodoxe Haghia Triada, inutilisé depuis 1968 en raison des différends turco-grecs sur son statut. Les classes, entretenues méticuleusement par les prêtres vivant sur place, semblent attendre une rentrée des classes imminente.

L’île la plus calme est sans conteste Burgazada. Il y a toujours eu peu d’habitants ici. Le grand incendie qui a ravagé une partie des pinèdes, il y a deux ans, a contribué à décourager les touristes. Pourtant, la côte ouest de l’île offre de beaux golfes. En vingt minutes de marche au départ de l’embarcadère, on atteint le restaurant de Kalpazankaya, qui offre sous les pins d’excellents mezze.

Ile la plus proche d’Istanbul, Kinaliada est aussi la plus dénudée. Des dizaines d’émetteurs de télé et de radio y déploient leurs antennes, lui donnant l’aspect d’un hérisson électronique. C’est sur elle qu’étaient de préférence cloîtrés les frères malchanceux des sultans. Seule île à héberger une église arménienne, elle accueille le plus de représentants de cette minorité.

N.V.O.

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