Bagdad raffut

Olivier Rogeau
Olivier Rogeau Journaliste au Vif

(1) Editions EPO, 185 pages. M. Hassan est un ancien diplomate. D. Pestieau est journaliste.

Il ne se passe guère de jour sans que nous parviennent d’Irak des échos de nouveaux vacarmes. Vus d’ici, ces sanglants tumultes sont spontanément perçus comme des soubresauts de la  » guerre contre le terrorisme  » : sous l’influence d’un récit médiatique souvent réducteur û et parfois partisan û, nous les interprétons volontiers comme les manifestations d’un islamisme virulent qui tarde à succomber. D’aucuns, cependant, récusent cette image. Et tentent de nous convaincre que, pour l’essentiel, c’est à une vigoureuse entreprise de résistance populaire que se heurtent les troupes américaines et leurs alliés. Tel est en tout cas le propos de Mohammed Hassan et de David Pestieau dans L’Irak face à l’occupation (1).

Les deux auteurs estiment qu’il faut établir une distinction entre les attentats sciemment dirigés contre la population civile et les agissements multiformes de ce qu’ils appellent la résistance patriotique. Les premiers, soutiennent-ils, s’inscrivent dans une stratégie de guerre civile et peuvent, sans hésiter, être qualifiés d’actes de terrorisme, sans doute venus d’ailleurs. Les seconds, par contre, prolongent la tradition de lutte du peuple irakien contre la tentative de domination impérialiste. Préparée par le parti Baas bien avant l’assaut de la coalition, ils seraient le fait non seulement de sympathisants de Saddam Hussein, mais aussi d’activistes de la communauté chiite, de groupes islamistes venus de l’extérieur et, surtout, de jeunes officiers de l’armée irakienne.

Cette résistance û qui s’exprime dans l’ensemble du pays aussi bien par des actions spectaculaires que par de menus actes quotidiens d’insoumission û mêlerait ainsi plusieurs tendances religieuses et des forces politiques multiples, de gauche comme de droite. Aux côtés des anciens baasistes se presseraient des groupes communistes, des mouvements nationalistes, diverses formations islamistes, etc. L’ouvrage estime le total de ces effectifs à 50 000 francs-tireurs. Bien organisés, ils bénéficieraient du soutien dévoué d’une grande partie de la population. Fantasme ?

L’Irak a effectivement été un foyer du nationalisme arabe. A l’instar de l’Egypte de Nasser, il a plusieurs fois tenu tête aux menées occidentales et mis longtemps ses ressources, principalement pétrolières, au service d’une politique de développement économique et de progrès social qui a porté ses fruits. Il est donc fort probable que cette nation éduquée, malgré la chute souvent bienvenue du dictateur, vit, de fait, fort mal la présence, sur son sol, d’une armée d’occupation qui la maintient sous sa férule.

L’autre thèse soutenue par Hassan et Pestieau, à savoir que la guerre faite par les Etats-Unis à l’Irak constitue une entreprise d’essence colonialiste, est également défendable. L’Irak, en effet, possède des réserves pétrolières d’une richesse telle que les conditions de leur exploitation conditionneront, demain, la croissance de l’Europe et de l’Asie. Par ailleurs, les néoconservateurs de Washington ne font pas mystère de vouloir tester en Irak la capacité des Etats-Unis à imposer leur modèle économique et politique à tout le Moyen-Orient…

On sera néanmoins plus réticent à suivre les deux auteurs lorsqu’ils voient dans tout cela les prémisses d’une guerre populaire de libération à la vietnamienne. Pour s’engager dans cette voie û d’ailleurs discutable û, il ne manque à la résistance irakienne, disent-ils, qu’une organisation politique et un projet de société tous deux capables d’unir les gens. Peut-être. Mais quelle est, raisonnablement, la probabilité de voir cette double condition se réaliser un jour ?

Jean Sloover

Patriotes ou terroristes : qui harcèle la coalition en Irak ?

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