Un observateur marocain de la Misnus à Homs, en avril 2012, parmi des rebelles. © belga image

Aux premières loges de la tragédie syrienne

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Officier de renseignement français, Enora Chame raconte dans Quand s’avance l’ombre (1) la Syrie telle qu’elle l’a vécue en 2012, alors qu’elle oeuvrait comme observatrice – seule femme, seule de sa nationalité, sans armes – au sein de la Misnus, la mission de supervision des Nations unies en Syrie. C’est l’année où l’ONU misait encore sur un improbable cessez-le-feu entre rebelles et armée loyaliste. Mais ce fut plutôt le basculement vers une guerre totale, renforcée par l’irruption de djihadistes et l’ingérence de parrains étrangers.

Dans un récit haletant, la militaire décrit avec brio le contraste entre la douceur de vivre et l’omniprésence des moukhabarats, ces mouchards du régime Assad. Elle nous mène au coeur d’enquêtes éprouvantes sur les massacres qu’on lui rapporte, quel que soit le camp. Dans les morgues improvisées, elle inventorie les cadavres, les photographie, avec un ultime signe pour sauver leur dignité. Ses propres techniques lui permettent de surmonter l’angoisse quand elle se fait braquer par des agents en civil dans un hôpital ou quand des foules en colère l’oppressent en exhibant des photos de disparus.

Aux premières loges de la tragédie syrienne

Pressentant une ombre menaçante, Enora Chame ne ménage pas sa peine, parcourt le pays, passe d’un camp à l’autre sous les tirs croisés, et se fait ouvrir la porte de certaines prisons. Toujours, elle cherche à comprendre, sans jugement a priori. Le livre est aussi une plongée dans les états d’âme de ces observateurs traumatisés par l’horreur et aux prises avec des chaînes de commandement kafkaïennes. Comme en Ukraine, les témoins extérieurs sont utilisés et manipulés pour prouver que l’ennemi est pire que soi. Un récit saisissant et rare.

(1) Quand s’avance l’ombre. Mission à haut risque en Syrie, par Enora Chame, Mareuil Editions, 352 p.

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