Un tiers de fiction, un tiers de dérision, un tiers d'observation. Et un tiers de réalité. © XZAROBAS

Au nom du pape, de l’Internet et de la Reine

Où il est question du piratage du site du Vatican, d’un nouveau dieu et de triolisme à la côte belge.

« Inspirez, conspirez…  » : le docteur écoutait avec application le remue-ménage crépitant dans les poumons de Lorelei. Le verdict tomba, morose et banal : bronchite.  » Décidément, Dieu a ses raisons que la santé ignore  » se dit la serveuse en reboutonnant son chemisier. Heureusement que le café était vide, carnaval oblige. Pas de clients à servir. Lorelei allait pouvoir crachoter en paix, en lisant les nouvelles. Tranquille. Peinarde.

Dehors, le ciel était gris comme une huître, les routes étaient mouillées et les flaques semblaient tellement usées qu’elles ne brillaient même plus. La serveuse bronchitique lança le moteur de recherche, sur son téléphone intelligent, et lut. C’était un peu comme regarder le monde à travers une jarre d’huile d’olive.

Une voiture rouge cerise se baladait désormais dans l’espace. En Russie, les violences conjugales n’étaient plus considérées comme un crime. En Belgique, il faisait tellement froid que 16 milliards d’euros de fonds libyens étaient gelés.

Il faut dire que les infos sont toujours en avance sur l’incroyable. Une péripétie inconcevable vient irrémédiablement en chasser une autre. On ne nous laisse même plus le temps d’être étonné.  » Aujourd’hui, se dit Lorelei, tout est important, alors que plus rien ne semble avoir d’importance.  » Elle avait envie de se faire un seppuku intellectuel. Prendre un grand glaive, bien tranchant, et tchack, se le plonger dans la cervelle. Pour ne plus savoir. L’effet de la fièvre ?

Livrée toute crue aux troupeaux d’ordinateurs qui relayaient les informations les plus improbables, Lorelei bondissait de perplexité en perplexité. Une surprise douloureuse inondait son visage. Quand elle découvrit l’existence d’un nouveau dieu (un oignon ?!), elle palpa sa médaille de communiante bercée entre ses seins, et laissa aller son outrance dans le plus vaste et le moins prévisible des endroits : son mouchoir (1).

Elle remontait en apnée la muraille des nouvelles et se retrouva nez à nez avec une proposition de partouze à trois sur la côte belge (2) alors même que la reine Mathilde, sur ce ton si typique des pubs pour les pommades antihémorroïdes, martelait que le cyberharcèlement,  » c’est vraiment nul  » (3).  » Mouais, se dit Lorelei. Ce qui est vraiment nul, c’est le temps qu’on va mettre à revenir de si loin.  »

Mais c’est pas tout ça, l’heure tourne. Où est encore passé le serveur ? S’agirait pas de louper le film qui va démarrer, sur la Une, à 20h15…

(1) Le 8 février, un  » hacker éthique « , le Belge Inti De Ceukelair, a profité d’une faille dans la sécurité du site Web du Vatican, pour y afficher, en  » Breaking News  » que Dieu était un… oignon.

(2) Le 12 février, sur le site Web touristique de trois villes de la côte belge, en prévision de la Saint-Valentin, on pouvait lire :  » Une partouze à trois à la Westkust « . En cause : une erreur de traduction.

(3) Le 7 février, la reine Mathilde a fait le buzz avec un étrange objet vidéo de 1 minute 40 secondes destiné à soutenir la lutte contre le cyberharcèlement qui s’achève sur cette vigoureuse punchline :  » c’est vraiment nul « .

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