Au-delà des cocoricos

Vous regardez la télévision, vos enfants vont à la crèche ou à l’école, vous fréquentez les théâtres et les clubs de sport ? Comme tous les francophones du pays, vous êtes donc concernés par la Communauté française, appelée aussi, officieusement, Communauté Wallonie-Bruxelles. Celle-ci a son gouvernement et son parlement, comme en disposent les Régions flamande (fusionnée avec la Communauté flamande), bruxelloise et wallonne, et la Communauté germanophone. Ce vendredi soir, tous les parlementaires de ces niveaux de pouvoir seront en congé de fin de session. Mais mobilisables jusqu’à la veille des élections du 13 juin si une affaire importante l’imposait. Car si, dans les faits, le rideau tombe sur la législature 1999-2004, les parlements régionaux et communautaires ne sont pas dissous comme la Chambre et le Sénat le sont lors d’une élection législative.

Curiosité du système belge : alors que les matières de la Communauté touchent les francophones dans leur vie quotidienne, les députés communautaires sont les seuls à ne pas être élus au suffrage direct. Curieux, mais logique autant qu’économique : les 75 députés wallons constitueront ce parlement avec 19 députés francophones bruxellois. Pour des raisons différentes, les germanophones et les Flamands, eux, se choisiront directement leurs représentants respectifs. La Belgique est ainsi faite.

Mais trêve de considérations institutionnelles. L’heure est naturellement aux bilans et celui que tirait cette semaine Hervé Hasquin, patron (MR) du gouvernement de la Communauté française, a dû valoir au coq emblématique une extinction de voix pour cause de tonitruants cocoricos. En toutes matières û l’enseignement et la culture, pour l’essentiel û, le ministre-président ne tarit pas d’éloges sur sa gestion. Il cite des chiffres, pour le secteur culturel,  » qui résistent aux critiques « . Il souligne qu’aucune grève des profs n’est venue entacher son mandat. Il célèbre la fin de l’endettement de la Communauté. Il annonce des lendemains budgétaires heureux, quitte à devoir patienter parfois jusqu’en 2010. Il martèle  » mission accomplie « , ne trouvant pas d’équivalent, durant les quinze années précédentes, au boulot abattu depuis 1999. On n’est jamais si bien servi que par soi-même. Hervé Hasquin concède quand même une erreur : le décret limitant le temps à consacrer aux devoirs scolaires en primaire.  » Un mauvais signal, à corriger sous la prochaine législature « , dit-il. Confession d’autant plus aisée que ce décret venait du partenaire Ecolo dont la reconduction dans la majorité est moins que probable. Un regret aussi : l’image des enseignants est restée mauvaise, avec une dilution de leur autorité tandis que s’instaure dans l’école  » le règne de la palabre « .

On ne va pas contester au ministre-président un bilan globalement positif. Bien des décisions et des chiffres plaident pour lui, et des représentants d’enseignants eux-mêmes soulignent la qualité des travaux et de la concertation durant la législature. Mais le gouvernement a-t-il seulement entendu ce qui se passait parfois jusque sous ses fenêtres ? Cette question-là, qui engage l’avenir, reste sans réponse. Les colères répétées des artistes, le découragement des responsables de lieux culturels, les demandes insistantes des professeurs n’ont pas trouvé d’écho, pas même une allusion, dans le bulletin politique. L’autorité des enseignants ? Leur premier souci n’est pas là mais bien dans le sous-équipement et les classes trop peuplées, ainsi qu’ils l’ont exprimé dans une vaste enquête. L’accroissement du budget global de la culture ? Il n’apaise pas ceux qui ont subi les promesses non tenues.

Fort d’un refinancement censé amorcer ses effets dès 2005, le prochain gouvernement serait donc bien inspiré en améliorant sa capacité d’écoute du monde culturel, en décrétant un stop aux réformes pédagogiques, et en assurant sa propre stabilité. Le message donné à ce propos par les états-majors MR et PS a été désastreux. Huit ministres, c’était déjà trop. Mais ils auront été 13, au total, à défiler dans ce gouvernement dont 3 à la Culture, 3 à la Jeunesse et 4 à l’Audiovisuel ! Le saucissonnage des compétences était encore plus choquant. On prend note avec soulagement de la volonté des mêmes partis, s’ils sont demain au pouvoir, de confier la culture à un seul ministre et tout l’enseignement obligatoire à un autre. Rendez-vous dans un mois.

Jean-François Dumont

Le prochain gouvernement de la Communauté française devra mieux écouter les profs et les artistes. Et cesser de disperser stupidement les compétences ministérielles

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