Ars Musica, pour le plaisir

Pour l’édition 2006 du festival, son directeur Tino Haenen persiste et signe pour la qualité et la complexité

Chaque année, depuis 1989, le printemps annonce Ars Musica – le festival était d’ailleurs sous-titré à ses débuts  » Le printemps de la musique contemporaine « . Vous n’y trouverez ni rock, ni pop, ni les opéras de Benjamin Britten, ni West Side Story de Bernstein, ni les musiques du monde, ni les cross-over, ni la chanson mais bien un peu de jazz (d’auteur) vers lequel, depuis deux ans, Ars Musica a mené une ouverture homéopathique. Mais alors, de quelle(s) musique(s) parle-t-on ? A l’occasion de la présentation de la saison 2006, nous avons posé la question à Tino Haenen, directeur artistique du festival.  » Je ne peux définir la musique contemporaine que par touches : c’est une musique d’aujourd’hui qui répond au monde d’aujourd’hui, d’une façon qui n’est ni commerciale ni populaire, qui n’obéit pas à un langage unique et qui se présente sous une forme inédite.  »

Voilà qui renoue avec cette idée d’une musique classique occidentale confiée à l’artiste  » individu  » et condamnée au progrès, contrairement à toutes les autres musiques classiques, étroitement liées à la tradition, au spirituel et au collectif.  » Après 400 ans de musique classique occidentale, écrire une musique qui continue à répondre à cette définition – qui continue à avancer – est effectivement très difficile, poursuit Haenen. Je ne veux pas opposer élitaire et populaire, et je suis farouchement contre l’élitisme financier, social ou mondain, mais je suis tout aussi contre la prostitution liée aux circonstances ou aux pressions. Je ne veux pas me retrancher dans une bulle mais je ne veux pas non plus baisser le niveau. Au risque de choquer, j’estime qu’il y a encore un monde entre Bach et les Beatles. Pourquoi avoir peur des mots de  » qualité  » et de  » complexité  » ? Pourquoi ne pas prendre son temps pour découvrir les choses, pour entrer dans les musiques inconnues et les explorer ? L’art – notamment contemporain – ne sauvera pas le monde, mais il peut faire qu’on s’ouvre au monde.  »

Sur ces bases, Tino Haenen (dont c’est la quatrième édition) signe une programmation éclectique, mêlant savamment la rigueur et les coups de c£ur. Première règle : donner un panorama de la musique contemporaine à travers plusieurs générations de compositeurs. Les aînés seront deux magnifiques septuagénaires : notre compatriote Philippe Boesmans et l’Allemand Helmut Lachenmann,  » deux musiciens déterminants et totalement différents « , selon Haenen. Avec diverses créations, dont celle du sextuor à clavier de Boesmans (une commande du festival en coproduction avec muzikFabrik), et la Tanzsuite mit Deutschlandlied, de Lachenmann.

La (demi-)génération suivante est représentée par le Hongrois Peter Eötvös, chef et compositeur, à la tête d’un concerto pour piano tout neuf, avec l’orchestre du Concertgebouw et Pierre-Laurent Aimard au piano. La troisième génération sera défendue par l’Allemand Matthias Pintscher, 34 ans, lui aussi chef et compositeur, dont la pièce Verzeichnete Spur (commande d’Ars Musica et du festival de Salzbourg) sera donnée en ouverture du festival, le 9 mars.

A ces piliers s’ajoutent un nombre considérable de très jeunes compositeurs, tels Vykintas Baltakas ou Cédric Dambrain :  » Ils sont de ceux qui cherchent leur chemin, leur matériel et leur langage propres, animés par de très fortes personnalités, composant une musique dynamique, d’une extraordinaire vitalité, une musique qui ose être belle « , lance Haenen.

Le festival met aussi l’accent sur certaines formations : le quatuor à cordes avec quatre grands quatuors d’aujourd’hui, Diotima, Minguet, Arditti (avec son nouveau violoncelliste) et Danel (en charge de la pièce de Lachenmann avec orchestre). Quelques pianistes captivants, parmi lesquels l’Italien Marino Formenti (le 11) et le Belge Jean-Philippe Collard- Neven. Et le jazz gagne du terrain, avec le contrebassiste gallois Paul Rogers, entouré de Kris Defoort, de Barry Guy et d’Eric Watson qui est, pour Tino Haenen,  » un des artistes de jazz les plus originaux du moment, un génie de la communication « . Plus des projections (Musée du cinéma) et des ateliers gratuits et des installations live dans la capitale !

Ars Musica, Festival international de musique contemporaine, du 9 au 25 mars aux Kaaitheater, Marni, palais des Beaux-Arts, Pathé Palace, musée communal d’Ixelles (Bruxelles), deSingel (Anvers) et à La Machine à Eau (Mons). Tél. : 02 507 82 00 ; www.arsmusica.be

Martine D.-Mergeay

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