Ars Musica  » dans la nuit « 

Le célèbre festival met en lumière cinq  » prototypes « , dont les Belges Luc Brewaeys et Claude Ledoux, et fête les 75 ans d’Henri Pousseur

Ars Musica, du 4 au 21 mars 2004. Infos : 02 542 11 22 ; www.arsmusica.be

Fini le temps des chapelles – ou des oukases -, la musique s’offre aujourd’hui toutes les libertés. Certains appelleront cela  » anarchie « , par exemple le cher Robert Wangermée, président d’Ars Musica, qui n’hésita pas, du haut du 30e étage du Sheraton où se déroulait la conférence de presse du festival, à s’inspirer de  » la vue imprenable sur l’urbanisme chaotique de Bruxelles  » pour désigner la création musicale contem- poraine… D’autres y trouveront l’autorisation de s’inventer des fils rouges sur mesure. C’est le cas de Tino Haenen, directeur artistique du festival depuis 2003, qui, une nouvelle fois, associe avec virtuosité ses coups de c£ur et son contrat-programme, quitte à se livrer, pour y parvenir, à quelques contorsions rhétoriques.

Tout en plaçant le festival 2004 sous l’image d’une banquise aveuglante – une £uvre de l’artiste hollandaise Ellen Kooi, intitulée IJsdame -, Tino Haenen choisit la nuit pour thème générique, s’inspirant du quatuor du compositeur autrichien Georg Friederich Haas, quatuor donnée en création mondiale lors du festival et intitulé In ij noct (langue non identifiée), lui-même inspiré d’un motet de Gesualdo évoquant la souffrance du Christ au mont des Oliviers. Un quatuor où les musiciens, séparés géographiquement les uns des autres et plongés dans le noir, n’auront d’autre contact entre eux que la pure musique,  » réaction à une dérive hors de l’écoute, à un dérèglement des sens, à l’utopie d’être ensemble « . Et, by the way,  » signe à la nuit éternelle de Hölderlin  » ou encore  » émerveillement devenu rare en ces temps où les fumées nous cachent la profondeur du ciel « .

D’autres compositeurs sont particulièrement mis à l’honneur : l’Allemand Wolfgang Rihm, le titan (qui rejoindra Bruxelles en fin de festival), présenté ici à travers des £uvres représentatives pour ensembles, pour grand orchestre et pour solistes ; le Belge du nord Luc Brewaeys, humour à la Arno dans sa vie et dans ses £uvres, à la tête de quatre créations mondiales, notamment un quatuor pour altos, et une huitième symphonie qui s’annonce riche en péripéties, confiée au prestigieux Nederlands Radio Symfonisch Orkest ; le Belge de l’est Claude Ledoux, avec quatre créations mondiales lui aussi, dont un quatuor à cordes où le suffixe  » lude  » interviendra opportunément dans la dénomination des mouvements – préludes, microludes, interludes, postludes – pour rendre la musique à sa nature de  » jeu  » imprévisible, dérisoire, cynique, comique, pervers, et, de toute façon, dansant ; et le Britannique James Clarke, rattaché au courant de la Nouvelle Complexité, mais, surtout, éclectique, indépendant, ouvert.

Enfin, Henri Pousseur, qui fête ses 75 ans cette année, sera largement mis à l’honneur : une journée (le 14 mars au Flagey, à Bruxelles) consacrée à son £uvre retracera le destin de cet artiste inclassable, poète autant que musicien, compagnon de Stockhausen, Berio, Maderna dans les recherches les plus novatrices de l’après-guerre, spéculateur ingénu et inépuisable inventeur. Deux ouvrages publiés chez Mardaga et un CD publié chez Cyprès seront également présentés au public à cette occasion.

Notons encore parmi les ensembles – belges et étrangers, de tout haut niveau – invités au festival : le Klangforum Wien, l’Ensemble Modern, le London Sinfonietta, Ictus, Musiques Nouvelles, la Jeune Philharmonie, Prometheus, l’Orchestre royal de chambre de Wallonie, l’Orchestre de la Monnaie, etc.

Quant au volet pédagogique du festival [arsmuzikina], où souvent les enfants décoiffèrent les adultes, il est confié cette année à une classe de Louvain-la-Neuve, et centré tout naturellement sur  » la nuit « .

Martine D.-Mergeay

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