Arbitrage électronique

Des micro-puces pourraient apporter une réponse arbi- trale incontestable lors de phases de jeu litigieuses

Souvenez-vous des huitièmes de finale de la dernière Coupe du monde de football quand la Belgique affrontait le Brésil lors d’un match mémorable. Une rencontre qui aurait pu prendre une tout autre tournure si le but, parfaitement valable, de Marc Wilmots n’avait pas été refusé par l’arbitre jamaïquain. Lors de cette même édition, l’Italie avait également mis en cause la Fifa (Fédération internationale de football), puisque la Squadra Azzura ne devait son élimination, face à la Corée du Sud, qu’à deux hors-jeu non sifflés ! Aujourd’hui, les enjeux financiers liés au football sont tels qu’il n’est plus possible d’accepter les erreurs d’arbitrage. On évoque ainsi, depuis plusieurs années, et avec plus ou moins d’insistance, la nécessité de recourir au vidéo-arbitrage pour épauler le trio arbitral lors des grandes compétitions comme la Ligue des champions ou la Coupe du monde de football. L’ancienne star française Michel Platini avait proposé d’ajouter des arbitres derrière les lignes des buts pour éviter toute contestation sur les actions de jeu dans la surface de réparation, mais l’International Board, l’organisme qui régit les lois du jeu en football, a récemment rejeté cette idée. Pourtant, désormais, c’est un autre type de technologie qui pourrait venir à la rescousse des hommes en noir. Des chercheurs allemands, en collaboration avec l’entreprise Cairos Technologies, développent depuis quelques années un système d’assistance informatique destiné aux référés. Un système capable de détecter les hors-jeu, mais également de déterminer si un ballon a bel et bien franchi la ligne de but lors d’un cafouillage dans le rectangle.

Le système est assez simple. Il s’agit d’un ensemble de capteurs très légers – quelques grammes – qui sont insérés dans les protège-tibias des joueurs et dans le ballon. Chaque puce émet environ 2 000 fois par seconde un signal de la gamme des micro-ondes, qui est capté par une dizaine d’antennes réparties au bord du terrain. Les signaux sont ensuite transmis par fibre optique vers une unité centrale qui calcule, à tout instant et au centimètre près, la position des joueurs et du ballon. L’analyse des trajectoires en fonction du temps permet donc la détection de différentes situations de jeu : hors-jeu, buts, touches.  » L’arbitre recevra l’information en temps réel, explique Christian Holzer, responsable du projet chez Cairos. Il sera averti par un signal sonore émis par un bracelet développé à cet effet. Il recevra l’information avant même d’avoir eu le temps de siffler. A lui alors de juger s’il suit ou refuse le verdict proposé par l’ordinateur.  » Mais toutes les données récoltées permettent aussi d’autres analyses : trajectoires des joueurs, vitesses de frappe et distance séparant l’emplacement d’un coup franc du but adverse. Des données utiles qui pourraient intéresser les clubs, les médias et les supporters. Ce nouveau système a été testé, avec succès, à Nuremberg, et la Fédération allemande de football s’y intéresse de très près. Les concepteurs et les ingénieurs espèrent qu’ils pourront améliorer cette technologie à temps pour qu’elle puisse être adoptée lors de la finale de la Coupe du monde organisée en Allemagne, en 2006. La phase de test débute, cette année, en Bundesliga. Ce système pourrait apporter des réponses instantanées aux doutes qui peuvent exister sur les nombreuses fautes sifflées sur la ligne et qui peuvent changer le cours du jeu. Mais l’erreur est humaine et la technique ne pourra jamais remplacer entièrement la présence des arbitres sur le terrain. D’ailleurs, dans le cas récent de contestation d’une décision de l’arbitre, lors du match de Charleroi contre le Cercle de Bruges, ce système n’aurait rien empêché : un joueur avait renvoyé le ballon à son gardien via sa cuisse, et non par le pied. Le gardien l’ayant prise par la main, l’arbitre siffla erronément un coup franc qui fut fatal aux Carolos.

Laurent Toussaint

La position des joueurs et du ballon est calculée à tout instant, au millimètre près

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