Albert II, De Wever et sa loi du plus fort

Pierre Havaux
Pierre Havaux Journaliste au Vif

N’en déplaise au roi des Belges, le nouvel homme fort de la Flandre s’impose à lui. L’action d’Albert II est largement tributaire des volontés de Bart De Wever et de la N-VA. De ceux-là mêmes qui aspirent à liquider son trône et sa fonction.

Au lendemain du scrutin, le diable s’est caché dans les détails vestimentaires. Ce n’était pas seulement le président de la N-VA qui se rendait en audience chez le roi au château de Laeken. C’était aussi Bart De Wever qui se pointait chez Albert II. Sans cravate, chemise ouverte. Comme à l’accoutumée. Il fallait bien marquer visuellement le coup auprès des militants : le chantre d’une république de Flandre n’a pas à se mettre sur son trente et un pour le roi des Belges.

Le respect de l’étiquette se perd. Albert II doit s’y faire. Comme au reste. Et surtout à ce fait accompli, sans précédent : la Flandre est portée par une marée nationaliste d’une amplitude telle qu’elle s’infiltre sous les grilles du palais royal. Le parti qui incarne aujourd’hui cette lame de fond, la N-VA, ne veut pas que du bien à l’institution monarchique. Doux euphémisme. Albert II sait ce que l’homme fort de la première formation de Flandre pense de sa famille :  » Les Cobourg se sont systématiquement opposés à l’émancipation démocratique, sociale, flamande, coloniale et éthique (…). Les républicains doivent espérer que le hasard génétique jouera en leur faveur et que le trône tombera entre les mains d’un rejeton qui ne montrera pas de signes qu’il provient de la meilleure famille.  » Ainsi parlait en 2006 Bart De Wever, cet homme à qui le roi a réservé sa première consultation politique après le scrutin. Parce qu’il est le grand vainqueur des élections. Et parce qu’il ne figure pas sur la liste des indésirables du Palais royal, exclus pour un profil antidémocratique, raciste, fasciste.  » Le Vlaams Belang et l’extrême droite francophone n’ont jamais été conviés au Palais. A l’inverse de Bart De Wever ou du républicain Jean-Marie Dedecker « , relève le constitutionnaliste et sénateur CDH Francis Delpérée. Afficher sa volonté d’en finir avec le royaume ne rend pas infréquentable au Palais.

Le roi se doit d’être au-dessus de ça.  » Pas de romantisme ! Le Palais se trouve dans la normalité de son action. Elle consiste, après un scrutin, à d’abord entendre les vainqueurs « , souligne le constitutionnaliste de l’ULB Marc Uyttendaele. Albert II applique la règle à la lettre,  » en roi docile qui fera ce qu’on lui dira de faire « , respectueux de la volonté du peuple telle qu’elle s’est exprimée et que portent les partis. Sans songer à peser sur le cours des choses, à l’image de son prédécesseur, le roi Baudouin…

 » Costume de martyr « 

Au bout de trois ans de climat permanent de tension communautaire et de blocages politiques, Albert II affiche un parcours sans fautes notables. Le roi, encadré, passe entre les gouttes. L’instant présent n’est paradoxalement pas le plus périlleux à vivre pour le chef de l’Etat.  » La carte politique sortie du scrutin est simplifiée « , observe Marc Uyttendaele. N-VA au Nord, PS au Sud. Les deux vainqueurs, incontournables, s’imposent au monde politique, a fortiori au Palais. La tâche du souverain s’en trouve facilitée. Dans l’immédiat. Mais que l’impasse politique se prolonge exagérément et Albert II pourrait être amené à mouiller sa chemise. A être exposé. Notamment à ce vent mauvais que le souverain ne peut pas ne pas sentir souffler toujours plus fort dans le nord du pays. Un cas de figure, envisagé par un acteur politique :  » Si le roi devait se rabattre sur un autre parti flamand que la N-VA pour débloquer la crise, il ne pourrait que faire appel à un vaincu. Bart De Wever se ferait un plaisir d’endosser le costume de martyr.  » Un tracas parmi bien d’autres. Qui confirme qu’Albert II doit agir à pas comptés dans ce terrain miné. Il y va de l’avenir du pays. Et de son trône.

PIERRE HAVAUX

paradoxalement, l’instant présent n’est pas le plus périlleux à vivre pour le roi

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