Accusé, parlez-nous !

Aux assises, les victimes et leurs familles veulent tout savoir et comprendre. Enfin ! Face à elles, les accusés ne sont pas toujours prêts à les entendre. Nouvelles souffrances en vue ?

P.G.

Face aux inculpés, les victimes et leurs familles tremblent parfois, se tordent les mains, transpirent, bafouillent, bégaient, pleurent. Mais elles sortent aussi de leurs gonds et n’arrêtent pas de poser des questions pertinentes. Elles veulent tout savoir. Jusqu’au plus sordide détail. Et cette exigence ne faiblit pas, même si elles sont confrontées à des personnalités dites perverses ou antisociales, comme celles de Michel Fourniret et de Marc Dutroux. Le risque ? En sortir encore plus brisées.

 » Les familles ont perdu un être cher de façon dramatique, mais cet événement reste généralement entouré d’un halo de mystère, relate le Pr Patrick Papart, psychiatre et expert judiciaire. Afin de gommer la part d’inconnu qui les hante, les proches ont besoin de connaître la façon dont les choses se sont déroulées.  » En effet, selon Daniel Faulx, psychologue et chargé de cours à l’université de Liège, ces zones d’ombre sont terrifiantes : se contenter d’imaginer ce qui s’est passé est une torture mentale permanente.

Au-delà de ce besoin d’informations très concrètes, auquel il est difficile de renoncer, victimes et familles souhaitent également comprendre le motif profond de l’acte criminel.  » Elles ont besoin d’être éclairées sur la personnalité de l’accusé et sur les raisons qui l’ont poussé à commettre de tels actes « , poursuit le Pr Papart.

Enfin, elles aimeraient que les accusés expriment des regrets ou trahissent au moins un sentiment de culpabilité. Mais, confrontées à certaines personnalités perverses ou profondément antisociales, les victimes risquent d’être fort déçues. Parmi les rares phrases qu’il a daigné jeter en pâture au public présent au procès en assises, Fourniret a lancé :  » Je suis un monstre.  »  » Ce qu’il dit alors, interprète le Pr Papart, c’est : « Quel beau et fameux monstre je suis. Et quel homme important ! » Or entendre cela n’apporte aucun soulagement aux familles. La situation serait différente si celles-ci se trouvaient face à un accusé qui, fondant en larmes, admettait : « Je suis monstrueux ». « 

Froideur, silences… c’est un nouveau traumatisme

Dans certains cas, les familles ne recueillent que froideur, détachement, messages décalés, silences : une nouvelle épreuve traumatisante pour elles. Parallèlement, l’accusé pervers ou antisocial jouit de leur attente et de celles des médias qui alimentent son jeu.  » Lorsque, par hasard, un tel accusé répond aux attentes des familles, c’est parce qu’il y trouve son plaisir ou son propre intérêt, par exemple dans le souci de faire aménager sa future peine, précise le Pr Papart. Plutôt que d’exprimer un remords sincère, il livre alors des excuses qui ont tout de la manipulation. En effet, le pervers est bien incapable de regretter ce qu’il a fait. Etranger à toute empathie pour ses victimes et leurs proches, il se moque d’avoir fait souffrir autour de lui.  » Ce psychiatre qui, au procès Dutroux, faisait partie du collège d’experts de Michel Lelièvre, continue à être surpris par l’absence de sentiments de culpabilité chez ceux qui présentent des profils psychologiques comparables à ceux de Dutroux et de Fourniret. Sa conclusion est toute simple :  » On ne s’y habitue jamais.  » Prévenez les juges, les avocats, les familles et les victimes ! P.G.

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