A qui profite le divorce MR-FDF ?

Michel Delwiche
Michel Delwiche Journaliste

Ce 25 septembre 2011, à deux jours de la fête de la Communauté française de Belgique, les FDF (Fédéralistes démocrates francophones) d’Olivier Maingain décidaient de se séparer du MR de Charles Michel sur fond de négociations institutionnelles. L’union datait de 1993. Pour les FDF, l’accord sur la réforme de l’Etat adopté par tous les partis francophones était une trahison, principalement sur le volet consacré à la scission de BHV. Le FDF était resté arc-bouté à la contrepartie de l’élargissement territorial de Bruxelles, tandis que le MR, en acceptant le compromis, disait lutter contre le séparatisme et faire reconnaître Bruxelles comme Région à part entière. Amputé des trois députés FDF, le MR se retrouvait affaibli au niveau fédéral. En Région bruxelloise, il perdait son leadership de 24 députés (13 MR et 11 FDF) pour passer derrière le PS (21) et Ecolo (16). Et la perspective des élections communales envenimait encore un peu plus les relations entre les deux partis, aux commandes, ensemble, de plusieurs communes de la Région bruxelloise et de la périphérie.

MR 2e, et FDF 3e !

Selon le sondage RTL-TVI et Le Soir, publié en juin dernier, le MR obtiendrait à Bruxelles 22,6 % des intentions de vote, à égalité avec le PS, tandis que les FDF deviendraient le 3e parti avec 11 %, devant Ecolo et le CDH. Les deux formations de l’ancien couple totalisent donc 33,6 %, plus du tiers de l’électorat. En juin 2010, le MR (FDF compris) avait obtenu 26,6 % aux élections fédérales et 29,8 % aux régionales de 2009. Il faut donc en conclure que d’anciens électeurs libéraux, opposés aux thèses des FDF ou effrayés par elles, sont revenus au MR ; et qu’à l’inverse des électeurs FDF, qui n’approuvaient pas le programme libéral, sont revenus dans les rangs d’Olivier Maingain. Ou que ces deux partis, avec une ligne politique clarifiée, ont attiré des voix qui allaient jusque-là aux autres partis puisque ceux-ci sont en recul par rapport à leur score de 2010. A Bruxelles toujours, le sondage effectué pendant la crise, en novembre 2011, avant l’annonce d’un accord et deux mois après le divorce, avait apprécié le MR à 17 % et les FDF à 8,2 %, en 5e position. En mars, le MR était à 21 % et les FDF à 8,8 %.

Des dégâts dans les communes ?

Selon le baromètre La Libre-RTBF cette fois, le MR serait à Bruxelles à 20,5 % des intentions de vote (19,3 % en février et 17,2 % en décembre), derrière le PS et devant Ecolo, les FDF se classant en 4e position avec 11,6 % (11,5 % en février et 6,5 % en décembre). Ensemble, MR et FDF totalisent donc 32,1 %, soit 9,7 % de mieux que le PS.

Ces sondages n’ont pas été effectués dans la perspective des élections communales, mais ils représentent tout de même une indication de la tendance générale. Après, commune par commune, les résultats peuvent évoluer en fonction des candidats. Mais la séparation risque en tout cas de provoquer des dégâts dans les deux camps à Bruxelles et dans la périphérie, parce que des bourgmestres et des majorités sont directement concernés : à Bruxelles en effet, le MR compte cinq bourgmestres et le FDF quatre, et en périphérie le FDF a deux bourgmestres et le MR un. La plupart d’entre eux ont été élus en 2006 grâce à l’aide du partenaire.

Le président des FDF Olivier Maingain est lui-même en première ligne dans sa commune de Woluwe-Saint-Lambert où il emmènera sur sa Liste du bourgmestre (LB) de nombreux candidats libéraux, dont deux échevines sortantes, exclues depuis du MR. Ce dernier fera donc liste à part, avec entre autres la présence de Danielle Caron, échevine FDF jusqu’en 2006, passée au CDH, élue conseillère communale puis, comme suppléante, au parlement bruxellois où elle siège désormais comme indépendante.

A Schaerbeek, le comité directeur de la section MR s’est très largement prononcé pour la poursuite du travail avec le FDF du bourgmestre Bernard Clerfayt, dont c’était le v£u le plus cher, et une condition nécessaire à sa réélection. Plusieurs candidats libéraux figureront donc sur cette liste, dont des échevins sortants, malgré la menace de Françoise Bertieaux, présidente du MR bruxellois.  » Si certains se présentent sur la liste du bourgmestre FDF Clerfayt, le MR prend acte de leur passage au FDF. Ils ne pourront dès lors plus se recommander du sigle MR « , avait-elle indiqué. Une liste MR soutenue par les instances supérieures sera conduite par l’échevin Georges Verzin. C’est dans ce contexte qu’avait été évoquée l’arrivée à Schaerbeek de Louis Michel et l’intention prêtée au MR de s’allier au PS de Laurette Onkelinx.

A Watermael-Boitsfort également la liste de la bourgmestre FDF Martine Payfa accueillera des libéraux, dont un échevin sortant, tandis que le MR présentera une liste propre. Olivier Deleuze, coprésident d’Ecolo, se profile comme candidat au maïorat.

Les bastions libéraux

A Auderghem, ce sera plus facile pour Didier Gosuin, qui avait conquis la majorité absolue FDF, en 2006 (près de 55 %), tandis qu’Alain Destexhe, menant une liste libérale concurrente au FDF, ne pouvait faire mieux que 4 élus (avec 13,9 %). Cette année, la liste du bourgmestre sera commune, et il n’y aura pas de liste libérale.

Scénario inverse dans les communes dirigées par des bourgmestres libéraux. A Etterbeek, deux échevins FDF se présentent sur la liste du bourgmestre MR Vincent Dewolf. Ils ont été exclus et le FDF présentera une liste distincte. Même scenario à Anderlecht, où le MR accueille des élus FDF, tandis que les FDF auront leur liste. A Koekelberg, l’élu FDF reste avec le MR. A Uccle, MR et FDF se séparent. Chacun de son côté également à Woluwe-Saint-Pierre.

Brouhaha également dans certaines autres communes. A Ixelles, les candidats FDF sont unis dans une liste de cartel avec Olivier de Clippele, l’ancien échevin MR des Finances privé de ses attributions pour avoir refusé de voter un budget qu’il trouvait irresponsable. Il est toujours député régional MR. L’échevine FDF Delphine Bourgeois, suivie par la conseillère Solange Pitroipa, a par contre fait le chemin dans l’autre sens en rejoignant le MR dont elle poussera la liste, juste derrière… Alain Destexhe, qui a quitté Auderghem au début de 2012. Il est assez piquant de relever que, cette année, MR et Open VLD feront liste commune à Ixelles : Olivier de Clippele avait été très isolé, voire traité de belgicain, quand il l’avait proposé à l’approche des élections de 2006 ; il est aujourd’hui allié au FDF, pour lequel une liste bilingue n’est même pas envisageable.

En périphérie

En 2006, à Crainhem, une des six communes à facilités de la périphérie bruxelloise, l’Union des francophones (UF) était opposée à la liste Open. Combat local mais 100 % communautaire puisque l’UF regroupait tous les candidats francophones, et Open tous les néerlandophones. L’UF avait remporté la majorité absolue, permettant au FDF Arnold d’Oreye de Lantremange de revendiquer le poste de bourgmestre. On sait qu’il n’a jamais été nommé. Cette année, l’UF a éclaté : une Liste du bourgmestre d’un côté, et des Intérêts communaux de l’autre, regroupant des candidats MR et CDH. Open, qui existe toujours côté flamand, a tenté d’attirer ces derniers dans un cartel pour contrecarrer le FDF, mais sans succès. Une quatrième liste est entrée dans la course : Krainhem-Unie (avec un K) qui rassemble des Flamands, des francophones, des Anglais et des Néerlandais qui entendent revenir aux questions locales plutôt que communautaires. La scission des francophones pourrait permettre l’élection d’un échevin flamand dans un collège jusqu’ici francophone homogène. A Linkebeek, le bourgmestre non nommé FDF Damien Thierry emmènera une liste d’union, et le MR François Van Hoobrouck la poussera à Wezembeek-Oppem. A Drogenbos et Rhode-Saint-Genèse, ils seront aux côtés des candidats MR. A Wemmel, les FDF se présenteront seuls. Reste à savoir dans quelle langue les convocations électorales seront envoyées en septembre…

MICHEL DELWICHE; M.D.

D’anciens libéraux, effrayés par les thèses du FDF, sont revenus au MR

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