A la traîne

Le chaos, des visions d’apocalypse, des enchevêtrements de ferraille surréalistes, une vraie détresse humaine… La catastrophe de Hal a bouleversé la Belgique tout entière, interpellé chacun d’entre nous, nous rappelant notre fragilité et notre vulnérabilité. Déjà, on cherche des responsables, pointant l’un, l’autre, les balles sifflent au-dessus des têtes des patrons de la SNCB, d’Infrabel, ou de ce malheureux conducteur, miraculeusement rescapé de l’effroyable collision et qui aurait brûlé un feu rouge.

Et le climat, inévitablement, de s’envenimer : grogne du personnel des chemins de fer, ras-le-bol des usagers, contraints de voyager dans des conditions limites, si souvent debout dans des wagons bondés. Sans oublier les retards récurrents, les annulations de trains de dernière minute qui finissent par mettre les nerfs à vif, tout remonte à la surface. La polémique enfle chaque jour, la cacophonie rendant les messages essentiels à peine audibles.

Même l’Europe est éclaboussée au passage, pauvre Europe, cible ô combien facile de tous nos maux désormais. La faute à l’Europe pour tenter de s’en laver les mains.

Or tout est subtilités et nuances dans ce dossier extraordinairement complexe et délicat. Et l’émotionnel, encore une fois, occulte en grande partie les problèmes de fond. De fait, la Belgique, petit pays, plaque tournante de l’Europe, a de moins en moins les moyens de ses ambitions. Surtout quand il s’agit d’affronter une révolution aussi ambitieuse que celle du transport européen. Elle manque, aussi, de véritables visionnaires qui, dès les années 1990, auraient renoncé courageusement au  » tout-route  » pour favoriser le rail. Résultat : des réseaux aujourd’hui sursaturés, des embouteillages qui explosent, une pollution galopante, alors que la demande croissante des citoyens pour les transports en commun ne peut pas être satisfaite. Par charité, on oubliera même la vente scandaleuse d’ABX pour une croûte de pain.

Ce regard rapide dans le rétroviseur donne les clés pour comprendre l’incompréhensible, à savoir les blocages des investissements ferroviaires d’il y a vingt ans, les retards coupables dans la mise en place des systèmes de sécurité, les atermoiements et hésitations en tout genre de dirigeants qui ne voyaient décidément pas plus loin que le bout de leurs chaussures. Même si, reconnaissons-le, dans un sursaut de lucidité, certains d’entre eux ont osé miser sur les trains à grande vitesse, un choix judicieux, mais qui a entraîné un désintérêt notoire pour l’indispensable restauration des réseaux national, régionaux et locaux.

Pour demain, pas de souci, des plans sont prévus, des budgets alloués, nous promet-on. Les systèmes de sécurité seront en place pour 2013 et, dans la foulée, le matériel vétuste ira à la casse pour être remplacé par des trains nouvelle génération ultraperformants. Entre-temps, plutôt que de hisser des têtes sur des piques, laissons la justice faire son travail. Mais des mesures opportunes pour mettre sur rail ce qui peut l’être déjà doivent être engagées. Comme une coordination renforcée entre les responsables de la SNCB-Holding, de la SNCB et d’Infrabel, par exemple. Ou la mise en perspective des revendications du personnel, suivie d’effets tangibles et rapides. Une initiative qui revient naturellement aux politiques, invités à anticiper, à voir au-delà de la prochaine élection ou de leur passage éphémère à la tête d’un ministère. La tragédie de Hal l’exige. Même si nous savons tous que le risque zéro, hélas, n’existe pas. Et c’est bien là la douloureuse réalité de notre condition humaine. www.leVIF.BE

Plutôt que de hisser des têtes sur des piques, laissons la justice faire son travail

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