A la diable

Trois défaites, huit buts encaissés pour seulement deux inscrits, le bilan chiffré de l’équipe nationale est plutôt inquiétant à quelques mois du début des rencontres de qualification pour la Coupe du monde 2006 de football. Certains prétendront peut-être que les adversaires de ces trois joutes amicales étaient certainement d’un niveau bien supérieur à ceux qu’il faudra rencontrer lors des prochaines éliminatoires. Pourtant, c’est loin d’être le cas. L’Espagne, même si elle a du mal à confirmer au niveau international, n’a certainement rien à envier à la France ou à l’Allemagne. La Bosnie-Herzégovine et la Serbie-Monténégro sont des équipes tout aussi redoutables à affronter que la Turquie. Enfin, les derniers adversaires, à savoir la Lituanie et Saint-Marin, ne sont plus vraiment des oiseaux pour le chat.

Premier élément qui suscite de multiples questions auprès du public, les nombreux changements opérés par l’entraîneur national, Aimé Anthuenis, lors de ces trois rencontres. Ce n’est pas moins d’une petite trentaine de joueurs qui ont été appelés sous ses ordres lors des derniers rendez-vous internationaux car celui-ci souhaitait procéder à certains essais. C’est une chose d’appeler différents joueurs dans le noyau pour se faire une idée de leur valeur mais il est plus discutable de multiplier les remplacements au cours d’une rencontre en dépit du bon sens. Certes, en son temps, Georges Leekens eut cette même attitude surprenante, qui a naturellement le don de désorganiser complètement une équipe déjà à la recherche de son football et d’un positionnement tactique cohérent. Et quelle idée de faire monter au jeu Anthony Vanden Borre (pour sa première cape internationale) à la place d’Eric Deflandre alors qu’il reste moins d’une minute de jeu face à la Turquie et que le score est plutôt flatteur pour la Belgique.

Mais ce n’est pas tout. Les joueurs semblent évoluer les uns à côté des autres sans véritablement savoir où se positionner. Walter Baseggio est utilisé dans un rôle où il a déjà prouvé mille et une fois qu’il ne se sentait pas à l’aise. Un constat qui étaye ce problème récurrent depuis la dernière Coupe du monde : l’absence d’un leader naturel dans le groupe depuis le départ de Marc Wilmots. Il manque ce patron, celui qui peut remettre l’équipe sur les rails en cas de coup dur. Celui qui doit sublimer les autres sur un terrain. Bart Goor est le capitaine mais il ne possède pas de charisme. Timmy Simons pourrait reprendre ce rôle mais il ne semble pas pressé de le faire. Certains ne cessent de ressasser la jeunesse et la grande inexpérience de l’équipe. Pourtant, Vincent Kompany s’affirme de plus en plus comme le futur grand leader de la défense, et le Carolo Grégory Dufer réussit à chaque fois d’excellentes montées au jeu.

Effectivement, les Belges ont montré quelques progrès intéressants au cours de la rencontre contre la Turquie mais ils semblent tout de même bien trop courts pour livrer des matchs pleins de nonante minutes. Et il faut également apprendre à mettre le pied dans les duels avec les adversaires. Face à la France et à l’Allemagne, la Belgique a montré beaucoup trop de respect pour ses adversaires. Il faut jouer de manière bien plus engagée. De plus, le groupe doit retrouver au plus vite une envie de jouer et d’évoluer ensemble sans oublier un fond de jeu qui fait cruellement défaut aujourd’hui. Il faut également qu’Aimé Anthuenis prenne enfin des décisions et arrête de faire des essais. Il est temps de se baser sur un groupe de joueurs et de tenter de réaliser une osmose parmi ses éléments.

Quatre mois

Autre souci, le manque de réalisme des attaquants devant le but adverse. Wesley Sonck, même s’il n’est pas toujours titulaire à l’Ajax, a prouvé qu’on pouvait compter avec lui en pointe de l’attaque. Mais qui lui adjoindre ? Luigi Pieroni marque comme il respire à Mouscron mais paraît totalement perdu dans le système des Diables et Thomas Buffel tarde à confirmer tout le bien que l’on pense de lui. Et comment ne pas évoquer le forfait tricolore d’Emile Mpenza ? L’attaquant du Standard a pris la décision contestée et contestable de refuser pour quelque temps toute sélection nationale car certains journalistes du nord du pays lui auraient  » manqué de respect « . Pourtant, dans ce cas-ci, c’est le plus jeune des frères qui ne fait pas honneur à son statut de joueur professionnel.

Le chemin qui mène à la prochaine Coupe du monde ne sera pas de tout repos. A l’heure actuelle, il se conçoit assez difficilement que les Belges puissent passer le seuil des qualifications. Mais il leur reste encore quatre mois avant le premier rendez-vous des éliminatoires. Ce sera le 12 octobre en Lituanie…

Laurent Toussaint

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