Rex Tillerson © Xinhua

Washington met en garde contre des « conflits par procuration » au Liban

Le Vif

Le chef de la diplomatie américaine Rex Tillerson a mis en garde vendredi contre toute utilisation du Liban « comme théâtre de conflits par procuration », tout en désignant le Premier ministre libanais démissionnaire Saad Hariri comme un « partenaire solide des Etats Unis ».

« Les Etats-Unis exhortent toutes les parties, aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur du Liban, à respecter l’intégrité et l’indépendance des institutions nationales légitimes du Liban, y compris le gouvernement et les forces armées. A cet égard, nous respectons le Premier ministre libanais Saad Hariri en tant que partenaire solide des Etats-Unis », a-t-il déclaré dans un communiqué.

Samedi dernier, Saad Hariri a créé la surprise en annonçant, depuis Ryad, sa démission, dénonçant la « mainmise » sur le Liban du Hezbollah chiite, membre de son gouvernement mais aussi mouvement armé proche de l’Iran. De nombreux observateurs pensent que cette décision a été dictée par l’Arabie saoudite, rival régional de l’Iran. Depuis, le Premier ministre n’a pas regagné le Liban pour officialiser sa démission. Le Hezbollah a accusé vendredi Ryad de « détenir » le chef du gouvernement et de lui « interdire » de rentrer au Liban, tandis que le président libanais Michel Aoun a « réclamé » son retour auprès de l’Arabie saoudite.

Plus tôt vendredi, Rex Tillerson avait dit à des journalistes, au cours d’un déplacement en Asie, avoir eu « l’assurance » de la part des autorités saoudiennes que Saad Hariri avait « pris tout seul sa décision » de démissionner et n’avoir « aucune indication » selon laquelle il serait retenu contre son gré.

« Activités déstabilisatrices »

Mais il avait aussi exprimé des inquiétudes quant aux conséquences de sa démission. « La structure actuelle du gouvernement », qui réunit chrétiens et musulmans sunnites et chiites, « a permis de maintenir un certain calme, la paix au Liban, donc dès qu’on remet en cause cet équilibre des pouvoirs qui a fait ses preuves cela crée un potentiel pour un changement de situation », avait-il mis en garde. « Les Etats-Unis soutiennent fermement la souveraineté et l’indépendance de la République du Liban et de ses institutions politiques », et « s’opposent à toute action qui pourrait menacer » sa « stabilité », a ensuite insisté le secrétaire d’Etat dans son communiqué.

Dans un message qui semble dirigé en premier lieu à l’Iran et au Hezbollah, Rex Tillerson a prévenu qu’il n’y a « pas de place ou de rôle légitime au Liban pour des forces, milices ou éléments armés étrangers autres que les forces de sécurité légitimes de l’Etat libanais — qui doivent être reconnues comme la seule autorité pour la sécurité du Liban ». « Les Etats-Unis mettent en garde toute partie, à l’intérieur ou à l’extérieur du Liban, qui utiliserait le Liban comme théâtre de conflits par procuration », a-t-il conclu.

Washington a apporté son soutien appuyé ces derniers jours au roi Salmane d’Arabie saoudite et à l’ambitieux prince héritier Mohammed ben Salmane, même si Rex Tillerson a évoqué vendredi « quelques inquiétudes » sur le sort des plus de 200 personnes arrêtées le weekend dernier dans le royaume dans le cadre d’une purge sans précédent menée au nom de la lutte anticorruption. « L’intention est bonne », a estimé le secrétaire d’Etat après un entretien téléphonique cette semaine avec son homologue saoudien Adel al-Jubeir.

Alors que le ton est monté entre Ryad et Téhéran, au sujet du Liban mais aussi du Yémen en proie à un conflit où les deux rivaux soutiennent des camps opposés, le ministre américain a une nouvelle fois blâmé l’Iran, sa bête noire, pour « ses activités déstabilisatrices ». En revanche, « je ne dirais pas que l’Arabie saoudite a une influence déstabilisatrice dans la région », a-t-il précisé.

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