Opinion

Mélanie Geelkens

Une sacrée paire de sportives par Mélanie Geelkens (chronique)

Mélanie Geelkens Journaliste, responsable éditoriale du Vif.be

Si davantage de décideuses étaient aux commandes, il n’aurait sans doute pas fallu attendre 2007 pour que la charte olympique rende obligatoire la présence de femmes dans toute discipline.

Qui a remporté l’or au trampoline? Boh. Qui a été médaillé au canoë slalom? Aucune idée. Qui s’est imposé à l’aviron? Bonne question. De cet été sportif, on retiendra par contre qu’au beach handball, la culotte des joueuses se doit d’être « échancrée et ajustée », selon le règlement de la fédération internationale, et que le bord de ce bikini ne peut outrepasser dix centimètres, sous peine d’une amende de 150 euros par tête. De cette quinzaine estivale olympienne, on se souviendra des gymnastes allemandes Elisabeth Seitz, Sarah Voss, Pauline Schaefer-Betz et Kim Bùi non pas pour leurs performances, mais bien pour avoir porté une combinaison intégrale plutôt que le traditionnel justaucorps (qui, pourtant, n’est imposé par aucun règlement). De ces aventures tokyoïtes, on n’oubliera pas les petites boutades du journaliste flamand Eddy Demarez, qui ne se croyait plus à l’antenne et se pensait donc à l’aise pour lancer un dégoûté « presque toutes des lesbiennes » aux Belgian Cats qui, selon lui, ressemblent tantôt « à un homme », tantôt « à une montagne ».

Un avis sur l’apparence, sur les tenues des athlètes masculins, peut-être? Non, aucun. Bien sûr. Evidemment. Seules leurs performances sont commentées, à eux. Un petit exemple relevé le 7 août, dans Libération, vaut sans doute mieux qu’un long discours. Titre 1 (consacré à un article sur la victoire de l’équipe masculine de handball): « La France s’offre le Danemark et l’or ». Titre 2 (dédié aux résultats de l’équipe féminine de basket): « Les basketteuses françaises finissent bronzées et en beauté ». Jeu de mots révélateur. Des corps, toujours, avant d’être des championnes.

Nafissatou Thiam aurait-elle couru moins vite en portant une tenue plus couvrante? Si le bikini favorisait les performances, sûr et certain que les heptathloniens s’y seraient mis aussi, à la place de leur long cycliste et de leur débardeur recouvrant leurs tablettes de chocolat. « De nombreuses sportives ne se rendent pas nécessairement compte de l’utilisation de leur corps, analysait, fin juin, la chercheuse Géraldine Zeimers (UCLouvain). Mais il est évident que l’on utilise le corps de la femme pour des objectifs qui sont très différents d’un but purement sportif et qui renvoient à des valeurs très sexistes. »

L’objectif de cette semi-nudité, poursuivi par les fédérations internationales, serait donc d’augmenter l’audimat, selon cette spécialiste. Déjà qu’elles performent moins bien que les mecs, faudrait pas non plus qu’elles soient filmées en col roulé… Sinon, qui regarderait? Qui regarde, d’ailleurs? Pas sûr que beaucoup de femmes ont passé leurs nuits d’été à mater la télé.

Qui élabore, aussi, les règlements des fédérations, ceux qui imposent ces culottes à maximum dix centimètres de largeur? Le sport est censé être ouvert à tout le monde, et, pourtant, il n’est pratiqué, décidé, financé, consommé majoritairement que par des mâles. Rien d’étonnant à ce qu’il « fasse partie des activités de loisir où les stéréotypes de genre sont les plus présents », comme le rappelait, en 2020, un rapport de l’Institut pour l’égalité des femmes et des hommes. Si davantage de décideuses étaient aux commandes, il n’aurait sans doute pas fallu attendre 2007 pour que la charte olympique rende obligatoire la présence de femmes dans toute discipline.

Athlètes, au féminin pluriel

Parmi les trente-et-un athlètes belges qui ont pris leur envol pour participer aux Jeux paralympiques de Tokyo, qui se déroulent jusqu’au 5 septembre, huit sont des femmes. Celles-ci concourront en équitation, athlétisme, cyclisme et natation. Lors de la cérémonie d’ouverture, orchestrée le 24 août, la délégation belge était emmenée par la cavalière Michèle George, triple championne paralympique de dressage, et le joueur de goalball Bruno Vanhove.

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Le 30 novembre prochain, la chanteuse et danseuse Joséphine Baker, grande figure de la Résistance et de la lutte contre le racisme, fera son entrée au Panthéon. En plus de 200 ans, elle sera la 6e femme à accéder à la prestigieuse nécropole parisienne, la première femme noire et la première artiste. Née en 1906, la Franco-Américaine, célèbre meneuse de revue, s’était éteinte à Paris en 1975. Son dossier de « panthéonisation », porté par sa famille, avait été introduit en 2013.

Changement de système

Shabnam Dawran, qui travaillait pour la télévision publique afghane RTA depuis six ans, s’est vu refuser l’accès à sa rédaction le 19 août. Ainsi en ont décidé les talibans, nouveaux maîtres du pays, selon le témoignage que la journaliste, portant le voile, a diffusé dans une vidéo postée en ligne. « Le système a changé », ont-ils argumenté. Cet interdit n’a en revanche pas frappé ses collègues masculins. « Si le monde m’entend: aidez-nous, car nos vies sont menacées », a lancé Shabnam Dawran. Les talibans, de retour à Kaboul, avaient pourtant juré que les femmes pourraient travailler… « dans le respect des principes de l’islam ».

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