Le 4 décembre, le président américain signe l'acte qui autorise la réduction des surfaces protégées de deux parcs nationaux dans l'Utah. © Kevin Lamarque/Reuters

Rétro 2017: Trump, le pauvre bilan

Gérald Papy
Gérald Papy Rédacteur en chef adjoint du Vif/L'Express

La fonction ne l’a pas assagi. Mais au-delà de l’exposition médiatique permanente grâce aux tweets, son bilan est pauvre. Et ses actions à l’international créent un surcroît de tensions. Le Russiagate aura-t-il raison de sa base militante ?

A ceux qui espéraient que la fonction, qui plus est au sommet de la première puissance mondiale, tempérerait le personnage, Donald Trump a apporté, en une année de présidence, un cinglant démenti. Le locataire de la Maison-Blanche n’a pas changé de style et a persévéré dans les paroles péremptoires et les tweets comminatoires. Bien difficile, dès lors, de déceler une ligne politique claire derrière ce brouhaha, aggravé par les menaces du Russiagate.

 » Donald Trump est un président qui gouverne non pas en fonction du peuple américain mais en fonction de sa base électorale, analyse Tanguy Struye de Swielande, professeur en relations internationales à l’UCL. Il a été élu par environ 35 % de la population. Or, s’il est très impopulaire aux Etats-Unis, son socle de fidèles, lui, ne le lâche pas. C’est pour cela qu’il joue sur toutes les frustrations un peu simplistes. La situation économique est mauvaise ? La faute aux migrants. Le terrorisme ? La faute aux musulmans étrangers, alors que tous les attentats commis récemment sur le sol des Etats-Unis ont été le fait de citoyens américains…  » Toute sa politique intérieure, et même au-delà, a donc eu pour objectif de séduire cette Amérique rurale et conservatrice.  » Tout ce qui avait un caractère un peu progressiste a été raboté. On en a encore eu une illustration au début du mois de décembre avec la réduction des surfaces protégées de deux parcs nationaux dans l’Utah. La tendance touche les secteurs de l’environnement (comme prévu, Washington s’est retiré de l’accord de Paris sur le climat), de la protection sociale… « , explique Tanguy Struye. Pour autant, le bilan intérieur de Donald Trump est pauvre. Il n’a pas encore trouvé le mode de financement de sa  » barrière  » avec le Mexique, ni réussi à lancer sa rénovation des infrastructures. Le détricotage de la réforme du système de santé, l’Obamacare, n’est pas résolu. Et il a toutes les peines à faire passer son décret antimigrants musulmans bien que la Cour suprême lui ait octroyé son feu vert en décembre. La réforme des impôts est la seule amorce de victoire législative dont il peut se targuer.

Le président gouverne en fonction de sa base électorale, pas de l’ensemble du peuple américain

Le Parti républicain s’est « trumpisé »

Le soutien du Parti républicain à la politique annoncée de Donald Trump n’était pas acquis au moment de son élection. Dans ce domaine, le président a réussi à retourner la conjoncture à son avantage, selon l’expert étasunien de l’UCL.  » Il existait déjà une tendance populiste dans le Parti républicain avant l’avènement du milliardaire. Mais elle était minoritaire, souligne Tanguy Struye de Swielande. Aujourd’hui, elle est occupée à devenir majoritaire. Dès lors, beaucoup ne reconnaissent plus le Grand Old Party, parce qu’il perdrait ses valeurs, lui qui a maintenu, jusqu’à sa défaite en décembre, son soutien au candidat républicain au Sénat en Alabama, Roy Moore, pourtant accusé de pédophilie. Quelques sénateurs républicains se sont certes opposés au président. Mais ils ne se représentent plus au scrutin de mi-mandat prévu en 2018. D’une certaine façon, Donald Trump a donc pris en otage le parti.  »

L’état des relations avec l’establishment républicain dépendra du résultat des élections législatives partielles de novembre 2018 et… des développements du Russiagate. Un procureur indépendant, Robert Mueller, enquête depuis le 17 mai sur les soupçons de collusion entre l’équipe de campagne du candidat à la présidence et des officiels russes, qui auraient notamment eu pour finalité de saper la candidature d’Hillary Clinton. Paul Manafort, ex-directeur de campagne, puis Michael Flynn, ancien conseiller à la sécurité nationale, ont été inculpés. On se rapproche donc du président. Et il est de plus en difficile de concevoir qu’il n’était pas informé de l’existence de discussions avec les Russes, reconnaît Tanguy Struye de Swielande.

Depuis le 17 mai, Robert Mueller, procureur indépendant, enquête sur l'
Depuis le 17 mai, Robert Mueller, procureur indépendant, enquête sur l’  » affaire russe  » touchant l’entourage du président. Une bombe à retardement ?© Joshua Roberts/Reuters

Une politique étrangère illisible

Le Russiagate a aussi pesé sur les relations entre Donald Trump et Vladimir Poutine, que le passé des deux hommes annonçait prometteuses, mais que le premier à dû contenir dans un climat affiché de méfiance. De manière générale, la ligne directrice de la politique étrangère des Etats-Unis depuis l’arrivée de Donald Trump à la Maison-Blanche est tout sauf claire. Elle semble guidée par des coups d’éclat que n’accompagne aucune stratégie de fond ou dont les conséquences ne sont pas mesurées. Dans la nuit du 6 au 7 avril, la flotte américaine déployée en Méditerranée tire une cinquantaine de missiles contre la base aérienne d’Al-Chayraatte, près de Homs, après le bombardement à l’arme chimique par le régime syrien de la localité de Khan Cheikhoun. Le fait de guerre, pour le moins spectaculaire, ne sera suivi d’aucun plan précis de résolution du conflit syrien, hors l’éradication des djihadistes de Daech par la coalition internationale et ses alliés.

Le 8 août, le président américain promet  » le feu et la colère  » à la Corée du Nord qui ne cesse de provoquer la communauté internationale pas ses expérimentations balistiques et nucléaires. Le 13 octobre, il refuse de renouveler la certification de l’accord sur le nucléaire iranien que son prédécesseur et les dirigeants des grandes puissances concernées avaient approuvé en 2015. Mais face à ses deux menaces, difficile de déceler la stratégie développée par la nouvelle administration américaine pour dessiner une sortie de crise. Le 7 décembre, il va encore plus loin en reconnaissant Jérusalem comme capitale d’Israël au mépris du droit international et des avertissements de ses alliés. Il ravive ainsi la poudrière du Moyen-Orient qui n’en avait pas besoin. Mais du plan de paix sur lequel ses conseillers sont censés plancher, pas un mot, pas une perspective…

Très peu de place à la diplomatie

 » Donald Trump pratique la realpolitik. Mais ce n’est pas celle à laquelle on est habitué parce que la sienne est fortement teintée de nationalisme et de populisme, observe Tanguy Struye de Swielande. Sur la scène internationale, elle se traduit par une rhétorique extrêmement agressive qui laisse en fait très peu de place à la diplomatie. Un exemple : on n’a pas vu le président nommer, comme cela se faisait régulièrement, des envoyés spéciaux pour gérer tel ou tel dossier critique et tenter d’y apporter des solutions. Il est donc très compliqué, dans ce contexte, d’exercer la mission de secrétaire d’Etat. Cela vaut pour Rex Tillerson. Mais n’importe quelle autre personnalité serait face au même dilemme. Etre conseiller du président est généralement considéré comme un honneur. Dans le cas de Trump, je crois que cela doit être un cauchemar. Il doit être pénible de se dire le matin que l’on va activer telle politique et de s’apercevoir que ce que vous défendez est détruit en un rien de temps par l’envoi d’un tweet « , juge le professeur de l’UCL.

A Riyad, en Arabie saoudite, en mai : une politique étrangère qui semble exclusivement guidée par des coups d'éclat.
A Riyad, en Arabie saoudite, en mai : une politique étrangère qui semble exclusivement guidée par des coups d’éclat.© Bandar Algaloud/Getty Images

La fameuse propension du président américain à abuser de Twitter à tout bout de champ est clairement contre-productive. Elle peut avoir des conséquences géostratégiques importantes. On s’en est notamment aperçu dans la relation pourtant privilégiée avec le Royaume-Uni de Theresa May lorsque la Première ministre a été fustigée sur le réseau social parce que son porte- parole avait osé qualifier d’erreur la diffusion par le milliardaire de vidéos antimusulmanes d’un mouvement d’extrême droite britannique. Donc, quand Donald Trump tweete sur des sujets par nature touchy de politique étrangère, on n’est pas loin du chaos.

Nourrirait-il une satisfaction personnelle à bousculer l’ordre du monde ? La question, inquiétante, mérite d’être posée. La campagne électorale avait pareillement mis en exergue l’hostilité de principe, affichée par le candidat atypique, à l’encontre de l’establishment de Washington. Pourtant,  » il s’en est accommodé parce qu’il est bien conscient d’avoir besoin des institutions, le Congrès, les ministères, pour faire fonctionner le pays, nuance Tanguy Struye de Swielande. Dans le même temps, il ne s’est pas privé de décocher des critiques virulentes contre certaines d’entre elles quand des décisions ne lui plaisaient pas, le Département de la justice ou le FBI, par exemple « . Dans cet incroyable parcours d’obstacles qu’est déjà devenue sa présidence, Donald Trump est-il un phénomène durable ? A partir du moment où les Démocrates sont privés d’un candidat exceptionnel – ce qui est le cas actuellement – et que leurs partisans peinent à se mobiliser, le scénario de la réélection de Donald Trump en 2020 reste plausible.

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