José Manuel Barroso et son successeur à la présidence de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, qui envisage de réformer les règles de bonne conduite. © FRANÇOIS LENOIR/REUTERS

Rétro 2016 : le pantouflage de Barroso, recruté par Goldman Sachs

Olivier Mouton
Olivier Mouton Journaliste

Au lendemain du Brexit, le recrutement de l’ancien président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, par la banque Goldman Sachs soulève un tollé.

En cette ère d’euroscepticisme croissant, l’Europe a l’art de donner elle-même le bâton pour se faire battre. Au début de l’été, on apprend par une indiscrétion que José Manuel Barroso, président de la Commission européenne entre 2004 et 2014, a retrouvé de l’emploi. Pas n’importe lequel : conseiller et président non exécutif des activités internationales de la banque Goldman Sachs. Ces  » pantouflages  » d’anciens ténors européens, comme il est coutume d’appeler leurs replacements discrets et lucratifs dans le privé, sont légion : Neelie Kroes est devenue salariée de la Bank of America Merrill Lynch, Viviane Reding conseillère de la fondation Bertelsmann, Karel De Gucht offre ses services à la société d’investissements CVC et au gestionnaire de patrimoine Merit Capital…

Mais celui-ci choque plus que tout autre, à plusieurs titres. D’abord, Goldman Sachs traîne une réputation sulfureuse. Alors qu’elle était encore une banque d’affaires, cette enseigne américaine a été impliquée dans la diffusion de prêts hypothécaires toxiques à l’origine de la crise financière de 2007 – 2008. Trois ans plus tard, en pleine crise de la dette européenne, il apparaît que Goldman Sachs a aidé le gouvernement grec à maquiller ses comptes.

Ensuite, la nomination de Barroso présente un risque mani-feste de conflit d’intérêts. L’ancien président de la Commission aura notamment pour mission d’aider la banque à gérer le délicat virage du Brexit, qui suscite bien des inquiétudes à Londres.

Enfin, le Portugais entame une nouvelle carrière dans le privé, deux ans à peine après avoir quitté la Commission. S’il n’y a rien d’illégal, il reste interpellant que les anciens commissaires européens continuent à toucher 60 % de leur salaire pendant trois ans, pour services rendus.

Le Comité d’éthique européen, s’il ne dénonce aucune infraction, estime que la décision de José Manuel Barroso  » risque de nuire à la réputation de l’Union « . Son successeur, Jean-Claude Juncker, veut changer le règlement qui régit ces fameux  » pantouflages « . Le principal intéressé balaie les critiques d’un revers de la main :  » Ce n’est pas un cartel de la drogue.  » A force de cynisme, les dirigeants européens creusent la tombe d’un bel idéal.

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