Svetlana Alexievich © EPA/Tatyana Zenkovich

Nobel de littérature: Svetlana Alexievitch ne veut « pas faire de concessions devant un pouvoir totalitaire »

La Bélarusse Svetlana Alexievitch, voix dissidente dans l’un des derniers régimes autoritaires d’Europe, a déclaré éprouver une « grande joie » après être devenue jeudi prix Nobel de littérature et a appelé à « ne pas faire de concessions devant un pouvoir totalitaire ».

« C’est une récompense non seulement pour moi, mais aussi pour notre culture, pour notre petit pays qui a toujours vécu comme entre des pressoirs », a-t-elle déclaré au cours d’une conférence de presse à Minsk organisée dans les locaux d’un journal d’opposition.

Devenir un prix Nobel de la littérature « est une grande joie personnelle », a confié Mme Alexievitch, 67 ans, récompensée pour son « oeuvre polyphonique, mémorial de la souffrance et du courage à notre époque », selon l’Académie suédoise.

« C’est difficile d’être une personne honnête actuellement, très difficile. Mais il ne faut pas faire de concessions devant un pouvoir totalitaire », a souligné l’écrivaine, née en URSS, sous Staline, et qui vit en partie à l’étranger en raison des ses relations difficiles avec le régime du président bélarusse Alexandre Loukachenko.

« Les autorités bélarusses prétendent que je n’existe pas, et le président bélarusse aussi », a-t-elle affirmé, précisant avoir reçu les félicitations du ministre russe de l’Information, mais pas celles des autorités de son pays.

« J’aime le monde russe, bon et humaniste, devant lequel tout le monde s’incline, celui du ballet et de la musique », a indiqué Mme Alexievitch, qui écrit en russe ses romans documentaires, dont « La Guerre n’a pas un visage de femme ».

« Mais je n’aime pas celui de Béria, Staline, Poutine et Choïgou (le ministre russe de la Défense), cette Russie qui en arrive à 86% à se réjouir quand des gens meurent dans le Donbass (région rebelle prorusse de l’est de l’Ukraine, ndlr), à rire des Ukrainiens et à croire qu’on peut tout régler par la force », a-t-elle souligné.

Première Bélarusse a recevoir le Nobel de littérature, Svetlana Alexievitch dit « ne pas être une personne vaniteuse ».

« Mais parfois, quand tu vois que les gens ont besoin de ce que tu fais, cela fait plaisir », reconnaît-elle.

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