A Hambourg, un immeublé chauffé aux algues. © SDP

Les micro-algues, l’or vert du futur

Bastien Pechon
Bastien Pechon Journaliste

On récolte depuis des siècles les grandes algues qui pullulent sur nos côtes. Notamment pour notre alimentation. Mais d’autres espèces, microscopiques, sont aussi promises à un bel avenir dans les domaines de l’alimentation, de l’énergie, de l’architecture, etc. Comme dans cet immeuble de Hambourg, où les façades exposées au soleil sont munies de fins aquariums où baigne une eau verdâtre.

Cette eau est gorgée d’algues microscopiques qui se développent grâce à la lumière, à des nutriments et au CO2. Chauffé par le soleil et sous l’action de la photosynthèse, ce liquide transmet ses calories aux appartements via un échangeur de chaleur. Les micro-algues fournissent donc une partie de la chaleur pour le chauffage et l’eau sanitaire de l’immeuble.

D’autres chercheurs ont développé des bioréacteurs similaires pour produire du biocarburant. Dopé par le CO2, les algues se développent rapidement sous l’effet du soleil. Elles sont alors asséchées et forment ensuite une huile qui ressemble à s’y méprendre à du pétrole. En Belgique, des études ont également été menées pour concevoir ce biocarburant de nouvelle génération. Mais à un coût qui reste prohibitif.  » Ces projets sont nés au moment où le baril de pétrole était à 140 dollars, indique Fabrice Franck, chercheur à l’université de Liège. Même à ce prix, on savait que les coûts du biocarburant produit à partir de micro-algues allaient être trop élevés.  »

Pour Philippe Jacques, président du Terra Research Center de l’ULg, la culture de ce type d’algues pour produire du carburant n’a actuellement pas de sens en Belgique car il faut de grandes surfaces et un taux d’ensoleillement élevé. Mais elle pourrait devenir rentable dans les prochaines années dans des pays plus ensoleillés. Et pour se passer du pétrole, les grandes algues ont aussi un bon potentiel. En Bretagne par exemple, la société Algopack produit des plastiques biodégradables à partir de ces plantes.

Cultiver des algues devient surtout intéressant pour des applications à haute valeur ajoutée. Par exemple, des sociétés en extraient de l’astaxanthine. Présent aussi dans d’autres espèces vivantes, ce pigment rouge est notamment utilisé dans l’alimentation des saumons d’élevage pour leur donner leur caractéristique couleur rose. Fabrice Franck et son équipe ont mené des recherches sur ce pigment. Notamment en vue de découvrir de nouvelles espèces d’algues qui pourraient aussi en produire. Ou qui pourraient pousser plus vite. Les scientifiques liégeois et leurs collaborateurs développent aussi des algues capables de vivre sans CO2 et dans l’obscurité. En se passant de photosynthèse, elles puiseraient leur nourriture et leur énergie uniquement dans leurs nutriments. D’autres applications à haute valeur ajoutée pourraient ainsi germer, enracinées dans ce filon vert encore peu exploité.

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