A Manchester, le 22 mai, le concert d'Ariana Grande est le théâtre d'un attentat terroriste. Bilan : 22 morts. © OLI SCARFF/belgaimage

Le terrorisme post-Etat islamique, un changement de stratégie

Gérald Papy
Gérald Papy Rédacteur en chef adjoint du Vif/L'Express

La chute des bastions de Daech en Syrie et en Irak modifie la menace djihadiste sur l’Europe sans l’éteindre. Les attentats de Stockholm, Manchester et New York, plus que ceux de Barcelone, préfigurent ce qu’elle pourrait être.

Si le terrorisme islamiste a encore spectaculairement frappé l’Europe, de Manchester à Barcelone, en 2017, la question de sa survivance – ou de l’amplitude de celle-ci – a tout de même été posée après l’écroulement du califat de l’Etat islamique en Irak et surtout en Syrie, d’où avaient été organisées les opérations de 2015 et de 2016 contre Paris et Bruxelles. Avec son corollaire immédiat : que faire des foreign fighters attirés par Daech au départ de notre pays ?

Les cibles des opérations de Daech en Europe et aux Etats-Unis ont à nouveau répondu aux critères d’un objectif : faire un maximum de victimes dans un endroit emblématique pour provoquer, au sein des populations, la sidération la plus grande. Une discothèque à Istanbul, une rame de métro à Saint-Pétersbourg, une salle de concert à Manchester, des artères commerçantes ou touristiques à Londres, Stockholm, Barcelone, New York ou Paris : le cadre est chaque fois étudié pour sa fréquentation, son accessibilité, voire son symbole. Les vies fauchées, les destins à jamais brisés, la peur instillée sont autant de souffrances rajoutées, autant d’écueils supplémentaires dressés contre le vivre-ensemble en démocratie.

Stockholm (Suède), le 7 avril : 5 morts.
Stockholm (Suède), le 7 avril : 5 morts.© FREDRIK SANDBERG/belgaimage

Pourtant, l’Europe, résolue à continuer à respecter l’Etat de droit, a relativement bien résisté à l’engrenage de la terreur, sans céder à la  » panique morale  » que le politologue Ivan Krastev a décelé sur le continent depuis son poste d’observation d’Europe de l’Est (dans Le Destin de l’Europe, éd. Premier Parallèle). Somme toute, l’Europe est une victime collatérale de la déferlante djihadiste qui a sévi en 2017 sur les théâtres de conflits (Afghanistan, Syrie, Irak, Yémen, Somalie, Nigeria, Sahel..) et dans les pays de première ligne comme la Turquie, le Liban ou l’Egypte. Le bilan 2017 du terrorisme, c’est 130 morts en Europe et aux Etats-Unis alors qu’un seul attentat en Egypte, celui qui a visé la mosquée soufie de Bir al-Abed, le 24 novembre, en a fait plus du double.

Londres (Royaume-Uni), le 3 juin : 8 morts.
Londres (Royaume-Uni), le 3 juin : 8 morts.© Toby Melville/reuters

Le foyer d’inspiration et d’organisation des opérations de Daech ayant été éradiqué, la question se pose de la pérennité de leur impact futur en Europe. Les experts conviennent que la fin du califat ne signe pas la mort de Daech, ce qu’accréditent les modus operandi des attentats perpétrés en 2017. La plupart ont été commis par des exécutants uniques sans lien hiérarchique avec l’EI, tantôt au volant d’un véhicule-bélier (Stockholm, New York), tantôt muni d’une bombe (Manchester), d’une arme à feu (Istanbul, Paris) ou d’un couteau (Londres-Westminster, Marseille). Exception notable, la double attaque de Barcelone et de Cambrils, les 17 et 18 août, a été le fait d’un commando issu de la communauté marocaine locale. L’analyse met aussi en évidence une filière de terroristes qui conduit à l’Asie centrale. Les attaques d’Istanbul, de Saint-Pétersbourg, de Stockholm et de New York ont impliqué des ressortissants de nationalité ou d’origine ouzbèke et kirghize. Les ressources de l’Etat islamique ne sont donc pas près d’être épuisées.

New York (Etats-Unis), le 31 octobre : 8 morts.
New York (Etats-Unis), le 31 octobre : 8 morts.© Brendan McDermid/reuters

Une armée de réserve du djihadisme

 » Il existe une armée de réserve du djihadisme européen dont l’action ne tarira pas avec la fin de l’Etat islamique, mais dont l’ampleur et la portée seront vraisemblablement réduites de ce fait « , analysait dès mars 2017 le sociologue spécialiste du djihadisme Farhad Khosrokhavar (dans Le Monde du 20 mars).

Tués lors des batailles de Mossoul et de Raqqa, prisonniers des forces victorieuses, en fuite en Syrie, en Irak ou dans un pays voisin, accueillis dans un nouveau sanctuaire du djihadisme ou retournés au pays ? Il y a encore assez peu de visibilité sur le sort des émules européens d’Abou Bakr al-Baghdadi. Et rares sont les pays d’origine concernés qui ont anticipé la menace nouvelle que les revenants vont représenter. Pour les dirigeants européens, c’est une réalité qu’ils préféraient voir confinée au Moyen-Orient.

Les principaux attentats en Europe et aux Etats-Unis en 2017

– Istanbul, le 1er janvier dans une discothèque : 39 morts.

– Londres, le 22 mars, près de Westminster : 5 morts.

– Saint-Pétersbourg, le 3 avril, dans le métro : 14 morts.

– Stockholm, le 7 avril, au centre-ville : 5 morts.

– Manchester, le 22 mai après le concert d’Ariana Grande : 22 morts.

– Londres, le 3 juin sur le London Bridge : 8 morts.

– Barcelone, le 17 août sur les Ramblas : 16 morts.

– Marseille, le 1er octobre devant la gare Saint-Charles : 2 morts.

– New York, le 31 octobre sur la voie cyclable de Manhattan : 8 morts.

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