Opinion

Gérald Papy

« Le prince saoudien, Israël et le PSG… »

Gérald Papy Rédacteur en chef adjoint du Vif/L'Express

Le Proche-Orient bruisse depuis quelques jours d’une folle rumeur. Le prince Mohammed ben Salmane Al Saoud a-t-il effectué une visite en Israël dans la semaine du 4 au 10 septembre et a-t-il rencontré le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou ?

Se peut-il que l’héritier du roi d’Arabie saoudite, dont on suppute l’accession très prochaine au trône, ait effectué cette démarche politique sensible et hautement controversée… si elle était révélée ? Si elle a bien eu lieu, personne ne la confirmera – avant des décennies ? – à Riyad. Et les Israéliens savent l’intérêt de se taire dans toutes les langues quand leurs intérêts stratégiques sont en jeu.

Jamais dans l’histoire d’Israël les relations avec les pays arabes n’ont été aussi bonnes, a pourtant lâché en substance le chef du gouvernement israélien récemment. Une allusion que des commentateurs ont pris pour une confirmation de l’incroyable visite. En prenant soin d’en ajouter la justification. La  » New Saudi Arabia Inc. « , en difficultés financières et soucieuse de préparer l’après-pétrole, chercherait à s’ouvrir la possibilité de solliciter des prêts de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international, qui lui aurait opposé comme condition la reconnaissance d’Israël… Le prince Salmane, qui dirige déjà de facto le royaume sunnite à 33 ans a, il est vrai, développé une vision beaucoup plus offensive de la diplomatie du pays, déjà observée dans la guerre au Yémen et à l’encontre du Qatar. Et l’arrestation, il y a peu, de deux prédicateurs a été perçue comme le signe d’une potentielle succession précipitée. Ils avaient osé se féliciter d’un possible rapprochement entre Riyad et Doha après l’embargo décrété le 5 juin dernier contre les Qataris pour financement du djihadisme et soutien à l’irréductible ennemi iranien. Tiens, tiens… les intérêts convergents du pays sanctuaire des principaux lieux saints de l’islam et de l’Etat juif pour contrer le retour de la puissance iranienne chiite sur la scène régionale et internationale après l’accord sur le nucléaire pourraient aussi expliquer un rapprochement inédit.

Se peut-il que l’héritier au trône saoudien ait effectué cette démarche politique hautement controversée… si elle était révélée ?

Mais voilà, l’épreuve de force entre l’Arabie saoudite et le Qatar a peut-être aussi exposé le Proche-Orient à une formidable bataille d’intox, et la visite secrète du prince et ses conséquences géopolitiques ne sont peut-être en réalité qu’un mirage. L’information, à l’origine, provient d’un officier du renseignement des Emirats arabes unis, alliés de Riyad dans le bras de fer avec Doha. Elle est rapidement exploitée au Qatar pour discréditer les dirigeants saoudiens. Un prince qui flirte avec Israël peut-il se permettre de reprocher à l’émir Tamim bin Hamad Al Thani, 37 ans, de se préoccuper de ses relations de voisinage avec l’Iran musulman ? Réplique médiatique saoudienne en deux temps. C’est un dignitaire qatari et non le prince Salmane qui a fait le voyage de Tel-Aviv. Et, autre  » élément à charge  » : à qui le club de football du PSG, instrument du rayonnement et de la réhabilitation du Qatar, a-t-il fait appel pour attirer Neymar et parachever le  » transfert du siècle  » ? L’agent de joueurs Pini Zahavi qui est… Israélien. CQFD. Honte au Qatar.

Bref, entre une confrontation peu reluisante par propagande médiatique interposée et les jalons d’une nouvelle donne diplomatique, on préfère croire en la deuxième explication d’une escapade mystérieuse. Quelle qu’en soit la nature, il est piquant d’observer qu’Israël est, volontairement ou non, au centre d’une guerre d’ego entre deux Etats arabes sunnites.

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