Nancy Pelosi et le Premier ministre nippon Fumio Kishida.

Taïwan: pour Blinken, les manoeuvres militaires chinoises représentent « une escalade importante »

Le Vif

Le secrétaire d’Etat américain Antony Blinken a fustigé vendredi les manoeuvres militaires de la Chine autour de Taïwan, « des provocations » qui représentent « une escalade importante » des tensions.

Le chef de la diplomatie américaine a rappelé qu’il n’existait pour Pékin « aucun prétexte » pour initier des exercices dans le détroit de Taïwan. Depuis jeudi, la Chine organise de gigantesques manoeuvres, mobilisant aviation, marine et missiles balistiques, dans six secteurs maritimes tout autour de Taïwan en réponse à la visite sur l’île, cette semaine, de la présidente de la Chambre des représentants des Etats-Unis Nancy Pelosi.

« Ces provocations représentent une escalade importante. Vous pouvez voir comment Pékin a essayé de changer le status quo sur Taiwan depuis quelques temps (…) Maintenant, ils conduisent des actions dangereuses à un nouveau niveau », a déclaré Antony Blinken, depuis Phnom Penh où il a rencontré des représentants de l’Asean. « La Chine a choisi de sur-réagir et d’utiliser la visite de Mme Pelosi comme un prétexte. (…) Le fait est que sa visite a été pacifique. Il n’existe aucune justification pour cette réponse militaire extrême, disproportionnée et qui alimente l’escalade », a prolongé le ministre.

Le Japon multiplie les appels à « l’arrêt immédiat » des exercices militaires chinois autour de Taïwan

Les tirs de missiles balistiques chinois autour de Taïwan, dont certains seraient tombés dans la zone économique exclusive (ZEE) du Japon, sont « un sérieux problème qui affecte notre sécurité nationale et celle de nos citoyens », a déclaré vendredi le Premier ministre nippon Fumio Kishida. « Nous appelons à l’arrêt immédiat des exercices militaires » chinois qui ont commencé jeudi et doivent se poursuivre jusqu’à dimanche, a ajouté M. Kishida après une rencontre avec la présidente de la Chambre des représentants américaine Nancy Pelosi, arrivée la veille au soir à Tokyo. Il a confirmé que le Japon et les Etats-Unis « continueraient à se coordonner étroitement pour maintenir la paix et la stabilité dans le détroit de Taïwan ».

Mme Pelosi, 82 ans, dont c’était la première visite au Japon depuis 2015, a provoqué la colère de la Chine en se rendant mardi et mercredi à Taïwan, Pékin considérant ce territoire autonome de 23 millions d’habitants comme faisant partie intégrante de son territoire.

La Chine a entamé des exercices militaires d’une ampleur inédite autour de l’île, utilisant des avions et des hélicoptères de combat et tirant des missiles balistiques dont certains auraient survolé Taïwan et seraient tombés pour la première fois dans la ZEE du Japon, selon le ministère de la Défense nippon.

A Phnom Penh, où il participait à une réunion de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (Asean), le ministre japonais des Affaires étrangères Yoshimasa Hayashi a lui aussi appelé à « l’arrêt immédiat » des exercices militaires chinois. « Les actions de la Chine ont cette fois un impact grave sur la paix et la stabilité de la région », a-t-il déclaré.

« Extrêmement menaçants »

De son côté, le ministre japonais de la Défense Nobuo Kishi a qualifié ces exercices « d’extrêmement menaçants », alors que certaines îles du département d’Okinawa, à l’extrême sud du Japon, se trouvent à une centaine de kilomètres seulement de Taïwan. « Le Japon a déposé une protestation auprès de la Chine par la voie diplomatique », a dit M. Kishi. Il a cité le chiffre de neuf missiles chinois tirés, dont cinq semblent s’être abîmés au sud-ouest de l’île nippone de Hateruma.

A Tokyo, Nancy Pelosi a assuré vendredi que sa tournée « ne visait pas à changer le statu quo », mais que Washington « ne permettrait pas » à la Chine d’isoler Taïwan.

Par la voix du porte-parole de la Maison Blanche pour les questions stratégiques John Kirby, Washington a accusé Pékin d’avoir « choisi de surréagir » à la visite de Mme Pelosi à Taïwan. Il a prévenu que le porte-avions USS Reagan continuerait à « surveiller » les environs de l’île, tout en annonçant avoir reporté un test de missile intercontinental pour ne pas aggraver la crise.

Les exercices militaires chinois visent à simuler un « blocus » de Taïwan et incluent « l’assaut de cibles en mer, la frappe de cibles au sol et le contrôle de l’espace aérien », selon l’agence officielle Chine nouvelle.

Déjà, lors d’une visite en mai au Japon, le président américain Joe Biden avait profondément irrité Pékin en affirmant que Washington pourrait défendre militairement Taïwan en cas d’invasion chinoise. Avant même cette nouvelle crise, des responsables du Parti libéral-démocrate (PLD, droite nationaliste au pouvoir au Japon), inquiets de la guerre en Ukraine et des tensions autour de Taïwan, se disaient favorables à un doublement du budget national de la défense pour qu’il atteigne 2% du PIB.

De par sa Constitution pacifiste entrée en vigueur après la Seconde Guerre mondiale sous l’occupation américaine du pays, le Japon n’est pas censé disposer d’une armée proprement dite et ses investissements militaires sont théoriquement limités à des moyens défensifs. Les Etats-Unis disposent toujours de bases militaires au Japon où quelque 55.000 militaires américains restent stationnés, principalement à Okinawa.

Des bâtiments de guerre chinois ont franchi la « ligne médiane » du détroit de Taïwan

Des « avions et navires de guerre » chinois ont franchi la « ligne médiane » du détroit de Taïwan, qui sépare l’île de la Chine continentale, a affirmé vendredi le ministère taïwanais de la Défense, dénonçant des exercices militaires « hautement provocateurs ». 

« A partir de 11 heures, de multiples groupes d’avions de guerre et de navires de guerre chinois ont effectué des exercices autour du détroit de Taïwan et ont franchi la ligne médiane du détroit », a indiqué le ministère de la Défense dans un communiqué.

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