Le Yamanote-sen, le RER autour de Tokyo, est le terrain de chasse privilégié des tchikan. © R. A. Vargas Tabares/belgaimage

Le Japon et le fléau des prédateurs des trains

Le Vif

Le phénomène #MeToo a démontré que l’affaire Weinstein, révélée en 2017, ne représentait que la face visible d’une pratique de violences contre les femmes répandue dans toutes les couches de la société.

Une illustration saisissante en est encore fournie par le récit de la Japonaise Kumi Sasaki. Elle a été victime dès l’âge de 12 ans d’agressions sexuelles par des prédateurs dans les trains à l’heure du rush des transhumances professionnelles à Tokyo, dénommés Tchikan, titre de son ouvrage corédigé par Emmanuel Arnaud (éd. Thierry Marchaisse, 128 p.). Par des propos parfois crus mais utiles à son témoignage, l’auteure raconte comment le  » monde de l’habitude  » – le trajet quotidien que suivent les jeunes filles pour rejoindre leur école – peut se transformer en un  » événement horrible  » du fait d’hommes costumés et cravatés en quête de  » fantaisie dans une vie hypernormée « . Le lieu du crime n’est pas innocent : la promiscuité des wagons favorise l’anonymat et l’impunité. L’épreuve est d’autant plus traumatisante que la société japonaise n’est pas prête, selon Kumi Sasaki, à véritablement combattre ces actes.  » On donne des semblants de façons de se défendre aux victimes plutôt que de s’attaquer aux coupables « , déplore l’auteure. Elle en fera elle-même la douloureuse expérience, devant des policiers auprès desquels elle a eu le courage de dénoncer un tchikan et, surtout, face à sa mère qui, par manque cruel d’empathie –  » C’est aussi de ta faute, tu vois… « , reproche-t-elle à sa fille jugée trop  » coquette  » – lui procurera le sentiment d’avoir été agressée une deuxième fois. Eloquent et effrayant.

Le Japon et le fléau des prédateurs des trains

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