Le général de Gaulle, à Alger, le 4 juin 1958 : un discours rassurant. © DR

Le 4 juin 1958, le jour du célèbre « Je vous ai compris »

C’est ce qu’on appelle un mot historique. Une phrase qui marque le cours des événements. Des paroles que tout le monde connaît et reconnaît. Mais dont on a pourtant perdu le sens originel.

Il faut dire qu’elles ont été reprises à toutes les sauces. Par des scénaristes et des humoristes, des réalisateurs et des auteurs. Et même, récemment, par un candidat à l’élection présidentielle française. Mais pourquoi donc, en ce mois de juin 1958, Charles de Gaulle prononça-t-il ces mots ? Et quelle était leur véritable signification ?

C’est l’Inde qui a lancé le mouvement. En 1947, l’immense colonie britannique accède à l’indépendance. Dans un climat tendu, le phénomène se révèle contagieux. Aux quatre coins du monde, ça s’agite. De plus en plus de colonisés ne se résignent plus à l’existence d’un monde cliché en deux blocs mais revendiquent une troisième voie. En Afrique et en Asie, ainsi qu’aux Amériques et en Océanie, un tiers-monde est en train d’émerger. Et il réclame la souveraineté.

A partir de 1954, c’est en Algérie que ça bouge. Le Front de libération nationale vient de voir le jour ; de plus en plus d’actes de subversion sont signalés. Sûre de sa suprématie, la métropole française n’y prête guère attention. Au début, en tout cas. Car très vite, la violence gagne en intensité. Officiellement, c’est pour  » maintenir l’ordre  » que des troupes métropolitaines sont envoyées ; dans les faits, elles se livrent à une véritable guerre. Si les militaires français vont de conquête en reconquête, leurs armes ne permettent pas de lutter contre l’évolution des mentalités. Alors que l’Algérie est en train de placer la France dans un état de crise morale profonde, un nom revient sur toutes les lèvres. Celui du général de Gaulle.

Le 2 juin, l’homme providentiel reçoit les pleins pouvoirs. Et dès le 4 du mois, il se rend à Alger. Le déplacement est scruté de toutes parts. Dans les milieux européens, on espère une déclaration en faveur de l’Algérie française, tandis que la majorité des colonisés souhaitent un geste d’ouverture. En réalité, de Gaulle lui-même est partagé. Certes, depuis le lendemain de la Seconde Guerre mondiale, il pressent que l’indépendance est inévitable. Mais l’opinion métropolitaine attend de lui qu’il maintienne l’Algérie française. Prisonnier de la foule, attaché à l’armée, le général ne peut qu’être nuancé. Au risque d’être mal… compris !

En lançant, dès l’entame, son célèbre  » je vous ai compris « , c’est aux pieds-noirs – les colons d’Algérie – que de Gaulle s’adresse. En même temps, la formule est vague, ouverte à tous, rassurante. Certes, le général parle des Algériens comme  » dix millions de Français à part entière « , mais il insiste aussi sur les droits qui doivent être les leurs. Le discours vise l’apaisement ; finalement, il ne mécontentera pas grand-monde. Ce n’est que le 16 septembre 1959 que le président sera moins ambigu. Ce jour-là, invoquant le principe d’autodétermination, il tracera clairement la voie de l’indépendance.

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