Un homme peint un drapeau russe sur un véhicule de la 14e armée russe à Grigoriopol, une ville de la région contestée de Dnestr, à Molodova, lors d'une manifestation pour demander le soutien de l'armée dans la lutte des nationalistes russophones pour l'indépendance de la Moldavie. 05 avril 1992 © iStock

La Transdniestrie, une région moldave séparatiste et prorusse

Le Vif

La région séparatiste de Transdniestrie, soutenue par la Russie, est une étroite bande de terre située entre le sud de l’Ukraine et la Moldavie, dont elle a fait sécession dans la foulée de l’effondrement de l’URSS.

Après l’Ukraine, la Moldavie redoute d’être la prochaine cible de Moscou. Le général russe Roustam Minnekaïev a affirmé la semaine dernière que Moscou voulait s’emparer du sud de l’Ukraine afin d’avoir un accès direct à l’enclave séparatiste, où a eu lieu mardi une série d’explosions. Ce haut responsable a aussi estimé que la population russophone de Moldavie était victime d' »oppression« , l’un des prétextes invoqués par Moscou pour intervenir en Ukraine.

Brève guerre de sécession

Petit territoire de 4.100 km2 comptant officiellement 465.000 habitants, situé entre le Dniestr et la frontière ukrainienne, la Transdniestrie a fait sécession de la Moldavie après une brève guerre civile. Cette région majoritairement russophone a unilatéralement proclamé son indépendance en 1990, de peur d’une « roumanisation » de la Moldavie, qui cherchait alors à sortir de l’orbite soviétique.

Un conflit armé, achevé en juillet 1992, s’est soldé par plusieurs centaines de morts et l’intervention de l’armée russe. Son premier « président« , de décembre 1991 à décembre 2011, a été Igor Smirnov. L’actuel est Vadim Krasnosselski, également prorusse.

La Transdniestrie, qui, contrairement à la Moldavie, a conservé l’alphabet cyrillique, a sa propre monnaie et ses propres forces de sécurité. Elle n’est pas reconnue comme un Etat par la communauté internationale, y compris par Moscou qui la considère néanmoins comme une tête de pont non loin des frontières de l’Union européenne.

Dans un référendum en septembre 2006 dont le résultat n’est pas reconnu internationalement, cette région avait voté à 97,1% pour son rattachement à la Russie. Moscou y maintient quelque 1.500 militaires. La présidente moldave pro-européenne, Maia Sandu, propose de remplacer cette force par des observateurs de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), mais la Russie s’y oppose.

Foot, caviar et nébuleux conglomérat

Ce territoire est fortement dépendant économiquement de la Russie, qui lui fournit gratuitement du gaz.

Son économie repose sur l’industrie lourde et sur de multiples trafics, notamment à partir du port ukrainien voisin d’Odessa, mais le niveau de vie reste très bas. Le groupe Sheriff, fondé au début des années 1990 par deux anciens policiers soviétiques et régulièrement accusé de corruption, jouit d’un quasi-monopole économique et politique sur la Transdniestrie.

Il y détient supermarchés, stations-service ou encore un club de football, le FC Sheriff, qui s’est à la surprise générale illustré pour ses débuts en Ligue des champions, en 2021-2022. Sheriff possède également la célèbre distillerie de cognac Kvint et un élevage d’esturgeons bélugas qui fournissent un caviar prisé. En 2015, le média d’investigation RISE Moldova a affirmé qu’un tiers du budget de l’enclave finissait dans les coffres de ce groupe.

Malgré son capitalisme débridé, la Transdniestrie reste un musée à ciel ouvert de l’époque soviétique. Une statue de Lénine trône au centre de sa principale ville, Tiraspol, et un buste du père de la révolution bolchevique de 1917 monte la garde devant le bâtiment de la mairie qui a conservé son nom d’origine : la Maison des Soviets.

Le drapeau de la Transdniestrie reste frappé des symboles communistes les plus connus : la faucille et le marteau, ainsi qu’une étoile rouge

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