Kim Jong-un multiplie les bras d'honneur à l'adresse de Donald Trump. © belgaimage

Intouchable, la Corée du Nord ?

Olivier Rogeau
Olivier Rogeau Journaliste au Vif/L'Express

Quelles options après le tir d’un nouveau missile intercontinental nord-coréen ? Donald Trump balance entre pressions renforcées et guerre préventive.

Jusqu’où ira l’escalade ? Le régime communiste nord-coréen a procédé, le 29 novembre, à son plus puissant test de missile intercontinental. Sa portée théorique – la fusée se serait désintégrée lors de sa rentrée dans l’atmosphère – s’étendrait à l’Europe et l’Amérique du Nord, selon Jens Stoltenberg, le secrétaire général de l’Otan, qui voit dans la Corée du Nord une  » menace stratégique « . Le missile Hwasong-15 aurait atteint une altitude de près de 4 500 kilomètres avant de s’abîmer en mer du Japon, à un millier de kilomètres du site de lancement. Sa trajectoire en cloche suggère qu’il a une portée réelle de plus de 10 000 kilomètres. Reste à voir si l’engin est fiable en conditions opérationnelles.

Ce tir, le premier après septante-cinq jours sans lancement de missile ni essai atomique nord-coréens, a tout d’un bras d’honneur à Donald Trump, revenu quelques jours plus tôt d’une longue tournée en Asie au cours de laquelle il s’est flatté d’avoir unifié les nations, y compris la Chine et la Russie, contre le programme nucléaire et balistique nord-coréen.  » On va s’en occuper « , a réagi sobrement le président américain après que Kim Jong-un, le dictateur nord-coréen, a rompu la  » trêve « . Un signe de résignation, après des mois d’imprécations sans effet ? Début août, Trump avait promis  » le feu et la colère  » à la Corée du Nord. Puis, le 19 septembre, à la tribune de l’ONU, il a menacé de  » détruire totalement  » ce pays de 26 millions d’habitants. Mais ni cette rhétorique belliciste, ni la menace de sanctions économiques et commerciales renforcées n’ont empêché Kim Jong-un de défier à nouveau la communauté internationale. En outre, le locataire de la Maison-Blanche réalise que ses injonctions à la Chine pour qu’elle muselle son protégé restent sans résultat. Après le tir, Trump a déploré, dans un tweet, que l’envoi d’un émissaire chinois auprès des autorités nord-coréennes n’ait eu aucun impact sur celui qu’il appelle  » Little Rocket Man « . De son côté, Nikki Haley, l’ambassadrice américaine à l’ONU, appelle la Chine à cesser toute livraison de pétrole à la Corée du Nord.

Cette double stratégie d’intimidation et d’isolement révélant ses limites, l’option militaire est revenue sur la table à Washington. Officiellement, la voie diplomatique reste privilégiée pour tenter de trouver une issue à la crise nord-coréenne et le secrétaire d’Etat Rex Tillerson s’affiche comme un partisan de la négociation. Le Pentagone aurait néanmoins préparé des plans d’attaque de la Corée du Nord, tandis que des voix influentes, aux Etats-Unis, assurent qu’une guerre est chaque jour plus probable. Mais les Etats-Unis ne peuvent prendre le risque d’exposer leurs alliés sud-coréen et japonais. En cas d’attaque américaine avec des missiles Tomahawks, le régime de Pyongyang aurait la capacité de répliquer par une frappe destructrice sur Séoul, la capitale de la Corée du Sud, située à cinquante kilomètres de la frontière. Une guerre aurait des  » conséquences terribles « , prévient Stoltenberg.

Feu nucléaire

Effrayés par le spectre d’un conflit après les réactions enflammées de Donald Trump au sixième essai nucléaire nord-coréen, début septembre, des sénateurs américains ont cherché à savoir si un éventuel ordre de leur président de déclencher le feu nucléaire pouvait être stoppé. Ils craignent que Trump, commander in chief, soit tenté d’appuyer sur le bouton faute d’avoir été pris au sérieux par Pyongyang. D’autant qu’il semble faire peu de cas du concept de dissuasion qui fonde depuis des décennies la doctrine nucléaire américaine.  » A quoi servent des armes atomiques si on ne peut les utiliser ?  » aurait-il demandé à plusieurs reprises à l’un de ses conseillers, alors qu’il était encore en campagne électorale. De hauts gradés américains assurent qu’ils résisteraient à un ordre illégal de frappe atomique préventive. Mais la définition d’un  » ordre légal  » reste vague. Tout reposerait sur le facteur humain. Pas rassurant !

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