Face à la paralysie du Conseil de sécurité pour faire cesser l’invasion russe, l’ONU réforme le droit de veto

L’Assemblée générale de l’Onu a adopté mardi par consensus une résolution obligeant les cinq membres permanents du Conseil de sécurité à justifier leur recours au veto. Cette réforme rare, relancée par la guerre en Ukraine, a été saluée par des applaudissements.

Ciblant directement les États-Unis, la Chine, la Russie, la France et le Royaume-Uni, seuls détenteurs du veto, la mesure initiée par le Liechtenstein a vocation à leur « faire payer un prix politique plus élevé » lorsqu’ils y auront recours, résume un ambassadeur d’un pays n’en disposant pas et demandant à garder l’anonymat.

Avancée pour la première fois il y a deux ans et demi, la réforme prévoit une convocation de l’Assemblée générale « dans les dix jours ouvrables suivant l’opposition d’un ou plusieurs membres permanents du Conseil de sécurité, pour tenir un débat sur la situation dans laquelle le veto a été exprimé« . Près d’une centaine de pays avaient rejoint le Liechtenstein pour co-parrainer ce texte, dont les États-Unis, le Royaume-Uni, la France, ainsi que l’ensemble des pays membres de l’Union européenne.

La Russie et la Chine ne se sont pas jointes aux parrains du texte. Il va « diviser » encore davantage l’ONU, avait pesté un diplomate russe s’exprimant sous couvert d’anonymat. Ni le Brésil, qui a rappelé mardi que le veto peut être utile pour garantir la paix, ni l’Inde, deux postulants potentiels à une position permanente au Conseil, n’étaient dans la liste des co-parrains obtenue par l’AFP.

Le projet « ne vise personne« , a assuré l’ambassadeur du Liechtenstein, Christian Wenaweser. « Il n’est pas dirigé contre la Russie« , insiste-t-il alors que la mise au vote après plus de deux ans de gestation infructueuse coïncide avec la paralysie du Conseil de sécurité pour faire arrêter l’invasion russe, due au droit de veto de Moscou.

Pour les États-Unis, la Russie abuse de son droit de veto depuis deux décennies et le texte adopté doit permettre d’y remédier. Le texte n’est toutefois pas contraignant et rien n’oblige un pays ayant utilisé son veto de venir l’expliquer devant l’Assemblée générale. Outre ses cinq membres permanents, le Conseil de sécurité compte aussi dix membres élus pour deux ans, sans droit de veto.

Depuis le premier veto jamais utilisé (par l’Union soviétique en 1946 sur le dossier syrien et libanais), la Russie y a recouru 143 fois, loin devant les États-Unis (86 fois), le Royaume-Uni (30 fois), la Chine et la France (18 fois chacune).

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