Boris Johnson © Getty

Pourquoi Boris Johnson n’est pas sorti des ennuis 

Le Vif

Le Premier ministre britannique Boris Johnson a survécu à un vote de défiance au sein de son parti conservateur, lundi soir. Malgré cette victoire, sa position est très affaiblie.

« A dead man walking »: après le vote de confiance à l’égard du Premier ministre britannique et président du Parti conservateur, Boris Johnson, la presse et l’opposition britanniques étaient tout à fait d’accord : la fin du leadership de Johnson est imminente. Sur les 359 députés conservateurs, 211 ont soutenu Johnson, 148 ont voté contre.

Le vote de défiance vient principalement des fêtes qui ont eu lieu au 10 Downing Street, le quartier général du Premier ministre britannique, pendant la pandémie. C’est Sue Gray, une fonctionnaire nommée par lui, qui a décidé que la direction du 10 Downing Street avait échoué. Johnson s’est vu infliger une amende par la police. Pour cette même raison, de nombreux députés estiment que Johnson a menti à la Chambre des communes lorsqu’il a déclaré, après les premières rumeurs concernant le PartyGate, qu’aucune règle n’avait été enfreinte.

Depuis le PartyGate, il fallait attendre les 54 lettres de députés conservateurs requis pour ce vote de défiance. Lundi matin, Sir Graham Brady, le président du Comité 1922 du Parti conservateur, a annoncé que le seuil requis avait été atteint. Johnson, hué à plusieurs reprises par le public présent lors des festivités royales le week-end dernier, a dû travailler dur. Il a essayé de convaincre les membres de son parti que, malgré tous les problèmes, il était toujours l’homme qu’il fallait à la place qu’il fallait. « Le meilleur reste à venir », aurait dit Johnson, selon les médias britanniques.

Son discours n’a pas vraiment porté ses fruits. Bien que de nombreux membres du gouvernement soutiennent publiquement Johnson, il n’est soutenu que par 59 % des députés conservateurs. Pour les partis d’opposition, c’était une raison suffisante pour souligner qu’en principe Johnson a perdu sa majorité à la Chambre des communes britannique – les Tories ont en effet 70 sièges en trop. Les observateurs estiment que c’est le résultat rêvé pour le parti travailliste du président Keir Starmer, car son poste de Premier ministre gagne plus de voix qu’il n’en coûte aux sociaux-démocrates. « En dehors de la défaite, c’est le pire résultat possible », disent-ils.

Avec ce résultat, Johnson fait bien pire que ses prédécesseurs conservateurs Margaret Thatcher, John Major et Theresa May. Thatcher et May ont remporté leur vote de défiance en 1989 et 2018 respectivement par une plus grande marge, mais ont été forcées de partir peu de temps après. John Major, pour sa part, a remporté le vote de défiance de manière relativement confortable en 1995, mais a ensuite perdu lourdement face au leader travailliste Tony Blair. Johnson, de son propre aveu, se sent justifié. Par rapport au cinquième tour de l’élection présidentielle de 2019, où Johnson a obtenu 51,9 % des voix, le chef du parti fait même beaucoup mieux, selon l’argument.

Selon les règles actuelles du Parti conservateur, aucun nouveau vote de défiance ne peut avoir lieu au cours de l’année à venir. Cela ne signifie pas pour autant que Johnson peut dormir sur ses deux oreilles. Certains membres du parti rebelles ont insisté à plusieurs reprises auprès de la chaîne publique britannique BBC, lundi soir, sur le fait que les règles existantes pourraient être modifiées en cas d’urgence -car les règles ne sont pas gravées dans la pierre, Sir Graham Brady prenant les décisions en dernier ressort. Certains députés conservateurs étaient même convaincus que Johnson cesserait d’être le chef du parti, et donc le Premier ministre du pays, d’ici la conférence annuelle du parti, début octobre.

Dans ce contexte, Johnson doit s’attendre  à une série d’obstacles. Tout d’abord, le 23 juin, des élections partielles seront organisées dans deux des 650 circonscriptions. Dans les deux régions, Wakefield et Tiverton & Honiton, le parti conservateur risque une défaite historique selon les derniers sondages. En outre, Johnson fait toujours l’objet d’une enquête au sein de la commission dite des privilèges pour des conflits d’intérêts présumés pendant l’enquête sur le PartyGate. Enfin, le parti conservateur s’en sort structurellement moins bien que le parti travailliste dans les sondages généraux.

Johnson doit donc mettre la main à la pâte, notamment en raison de l’augmentation du coût de la vie dans le pays. Mardi, il a lancé une série de propositions pour se recentrer sur la politique. Dans ce domaine, il faudra être attentif à la législation spécifique dans laquelle le gouvernement Johnson veut éliminer certaines parties de l’accord de Brexit. Selon les critiques, l’objectif principal du Premier ministre britannique est de détourner l’attention des problèmes auxquels le gouvernement est confronté. Compte tenu des divisions sur sa personne, il sera toutefois extrêmement difficile pour Johnson de ramener la majorité de son parti sur la même ligne.

La conférence annuelle du parti conservateur a lieu au début du mois d’octobre. Reste à savoir si Johnson sera encore à sa place d’ici là.

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