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Macron, pôle de stabilité dans une France contestataire

Gérald Papy
Gérald Papy Rédacteur en chef adjoint du Vif/L'Express

Le président sortant est reconduit à l’Elysée pour cinq ans. Marine Le Pen subit un nouvel échec. Mais l’extrême droite n’a jamais été aussi puissante. Décryptage et premiers enseignements de ce second tour de l’élection présidentielle française.

On disait les Français opposés à la répétition du duel de 2017. Ils ont eu droit au même scénario entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen. On disait les Français habités par une détestation du président sortant. Ils l’ont réélu pour cinq ans, faisant d’Emmanuel Macron le premier président de la Ve république reconduit dans ses fonctions sans « bénéficier » d’une cohabitation. François Mitterrand l’avait été face à Jacques Chirac en 1988, ce dernier contre Jean-Marie Le Pen en 2002 après la déconvenue de « son » premier ministre Lionel Jospin. La victoire d’Emmanuel Macron avec quelque 16 points d’avance sur sa rivale ce 24 avril est donc un beau succès dont personne ne devrait questionner la légitimité.

Le peuple a voté; le peuple a gagné, comme l’aurait clamé la candidate du Rassemblement national si elle l’avait emporté, et en définitive, la démocratie a gagné. Le président sortant a réalisé un meilleur score au premier tour de l’élection de 2022 qu’il y a cinq ans (27,85 % contre 24,01 %). Et si sa victoire au second est moins nette (58% contre 66,10 % en 2017), l’effet sans doute d’un bilan toujours difficile à défendre et d’une bien meilleure campagne de son adversaire, elle ne souffre aucune contestation.

La reconduction du candidat de La République en marche pour un second mandat à l’Elysée soulage ceux qui, en France et en Europe, voyaient dans le programme de la dirigeante d’extrême droite un danger pour le respect des institutions et pour la défense des valeurs d’égalité et de fraternité issues de l’esprit des Lumières et qui craignaient un désengagement de la France de l’Union européenne qu’aurait inévitablement provoqué l’application des promesses du Rassemblement national. Il n’en reste pas moins que l’issue et le déroulement du scrutin présidentiel au sein de la deuxième puissance économique de l’Union ont de quoi inquiéter.

Un tiers des électeurs ont porté leur choix sur des candidats d’extrême droite au premier tour. Et il s’en est encore trouvé quelque 10 % de plus au second pour se rallier à Marine Le Pen, dont probablement quelque 20 % des électeurs, le 10 avril, de Jean-Luc Mélenchon, l’autre porte-drapeau de la contestation dans l’Hexagone. Le front républicain contre les idées extrémistes, discriminatoires, inégalitaires est donc mort ce dimanche 24 avril en France. Le plafond de verre opposé jusqu’à présent à tous les candidats de cette mouvance politique ne pourra plus être invoqué à l’avenir.

C’est donc une France particulièrement fracturée qu’Emmanuel Macron s’apprête à diriger à nouveau pour cinq ans. Lui qui en 2017 avait inscrit la lutte contre l’extrême droite au rang de ses priorités et qui y a finalement peu oeuvré, est investi d’une immense responsabilité par les Français qui se sont encore une fois élevés contre l’intolérance mais qui sont de moins en moins nombreux à le faire. Tabler sur la recomposition incertaine de l’extrême droite que ne manquera pas de provoquer ce nouvel échec de Marine Le Pen, sans doute conduite à une forme de mise en retrait et désormais concurrencée par Eric Zemmour et sa nièce Marion Maréchal, serait naïf. C’est véritablement à rassembler tous les Français et à apaiser les contestations fondées que doit s’atteler sans relâche le président réélu.

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