Manifestation de soutien à l'Ukraine à Londres © Getty

L’odyssée de deux soeurs ukrainiennes en Europe face au « merdier » des visas britanniques

Le Vif

Sept jours et plus de 4.000 km: malgré une odyssée à travers l’Europe, Oksana Savchenko, Britannique d’origine ukrainienne, ne parvient pas à obtenir de visa pour sa soeur Daryna, qui cherche à rallier le Royaume-Uni après avoir fui les combats avec son bébé.

« Il faut que le gouvernement britannique résolve ce merdier », peste la trentenaire, exténuée, après une semaine en voiture, au gré des annonces de Londres.

« De nouvelles règles sont annoncées chaque jour et elle ne s’appliquent même pas dans la réalité. C’est intenable ! Il doivent arrêter de mentir », ajoute-t-elle au téléphone avec l’AFP, tout en saluant, à l’inverse, l’accueil « incroyable » reçu « dans les pays traversés ».

L’Union européenne a accordé une protection temporaire aux réfugiés qui fuient la guerre en Ukraine. Mais Londres, tout en assurant que les Ukrainiens avec de la famille proche au Royaume-Uni pouvaient y entrer, a maintenu des visas.

Environ 1.000 sésames ont été délivrés jusque-là, selon le gouvernement, étrillé pour sa gestion chaotique, mais qui a annoncé une simplification des procédures à partir de la semaine prochaine.

Cette habitante de Cardiff, au Pays de Galles, s’est d’abord rendu à Calais, dans le Nord de la France, puis à Varsovie. Elle patiente désormais à Berlin avant un rendez-vous obtenu de haute lutte à l’ambassade britannique à Paris.

Rendez-vous impossible

Sa soeur Daryna était réticente à quitter Kiev et à laisser derrière elle ses parents, dont son père lourdement handicapé, ainsi que son mari et ses deux frères appelés à combattre. Mais quand les bombardements se sont rapprochés, il a fallu partir.

Le 2 mars, elle rejoint les interminables files d’Ukrainiens fuyant la capitale, pour atteindre la Pologne le 4.

De son côté, Oksana glisse quelques habits dans sa voiture, confie son fils de cinq ans à une connaissance et quitte Cardiff le 3 mars.

Elle se rend d’abord à Calais, dans l’espoir d’y faire venir sa soeur pour rallier ensemble le Royaume-Uni.

Mais après trois jours sur place, impossible d’obtenir un simple rendez-vous pour déposer une demande de visa, en dépit de l’arrivée très médiatisée d’agents consulaires britanniques dans cette ville, étape clé avant la Grande-Bretagne.

Elle quitte alors la ville et traverse la Belgique, les Pays-Bas puis l’Allemagne avec un ami qui l’aide depuis longtemps, car elle est atteinte d’une maladie chronique, pour rejoindre sa soeur dans un gymnase de Varsovie, où elle dort avec des centaines de réfugiés.

« Les Polonais se sont pliés en quatre pour les Ukrainiens. On ne les remerciera jamais assez », souligne Oksana. « Nous avons trouvé des couches, de la nourriture pour bébé, des affaires de toilettes et de quoi se changer. »

« Bébé malade »

L’ambassade britannique à Varsovie est en revanche débordée: il faut deux semaines pour un rendez-vous de demande de visa. Et deux semaines supplémentaires, semble-t-il, pour récupérer le précieux sésame.

« A un moment, ma soeur a voulu renoncer: le bébé, malade, hurlait et il fallait qu’on sorte ici et là pour trouver une solution pour le visa », raconte Oksana.

Bredouille après trois jours à Varsovie, les deux soeurs et leur ami reprennent le chemin de l’Allemagne, dans l’espoir de faire soigner le bébé… qui s’avère positif au Covid.

Elles rejoignent mercredi soir une foule de réfugiés à Berlin, qui font la queue dans un centre d’accueil devant la gare. Un volontaire, ému par leur situation, les envoie chez une amie à lui.

Cette fonctionnaire allemande parvient enfin à accéder au formulaire en ligne qu’Oksana tentait en vain de remplir depuis des jours. Elle obtient un rendez-vous à l’ambassade du Royaume-Uni à Paris, pour lundi à 15 heures.

« On espère être chez nous la semaine prochaine », soupire-t-elle. La jeune femme a épuisé ses économies et ses réserves de médicaments, tandis que son ami doit rentrer retrouver sa famille et son emploi.

« Mais si ça se trouve, on en a pour encore un mois ».

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