Opinion

Gérald Papy

Les derniers obstacles pour Emmanuel Macron

Gérald Papy Rédacteur en chef adjoint du Vif/L'Express

Depuis le début de la campagne, Emmanuel Macron est donné gagnant du duel annoncé face à Marine Le Pen dans les études d’opinion. Prévision confirmée par les derniers sondages. Une certaine démobilisation et le report incertain des voix mélenchonistes peuvent-ils encore changer la donne ?

Les derniers sondages le donnent gagnant, comme ils l’ont établi tout au long de la campagne. Il y a donc une forte probabilité qu’Emmanuel Macron soit réélu président ce dimanche soir au terme du deuxième tour de la mère de toutes les élections en France. Peut-être gagnée par le remords de ne pas avoir été assez offensive lors du débat d’entre-deux-tours le mercredi 20 avril, sa rivale Marine Le Pen s’est montrée plus vindicative à la clôture de sa campagne en présentant le vote comme un choix entre « Emmanuel Macron et la France », insinuant que le président sortant serait anti-Français, et en martelant que « si le peuple vote, le peuple gagne », une formule ambiguë qui semble questionner par avance la légitimité de son adversaire si la candidate d’extrême droite venait à perdre.

Quelle que soit la personnalité élue, elle le sera par la souveraineté du peuple. Et quoi qu’en disent les études d’opinion – les dernières n’ont d’ailleurs pas pu intégrer complètement le ressenti du débat télévisé -, quelques obstacles se dressent encore sur la route d’un nouveau bail d’Emmanuel Macron à l’Elysée.

La mobilisation de ses électeurs du premier tour, d’abord. Le sentiment de la victoire acquise pourrait les distraire de la nécessité de se rendre aux urnes. Le temps clément et le calendrier qui fait que toutes les régions de l’Hexagone connaissent actuellement un congé scolaire n’aideront sans doute pas à conforter le taux de participation. A l’inverse, le doute qui persiste tout de même sur l’issue du scrutin, contrairement à l’édition de 2017 après un débat complètement raté par la dirigeante du Rassemblement national, et sur la fiabilité totale des sondages, comme a pu l’indiquer la sous-estimation du score de Jean-Luc Mélenchon au premier tour, devrait tout de même maintenir les partisans d’Emmanuel Macron en alerte.

Le report des voix du candidat précisément arrivé en troisième position le 10 avril est un autre élément d’incertitude. Dans l’étude d’opinion Ifop-Fiducial pour LCI du vendredi 22 avril, 40 % des électeurs de Jean-Luc Mélenchon affirment leur volonté de voter pour le président sortant, contre 19 % pour la candidate d’extrême droite, l’abstention ou le vote blanc restant l’option majoritaire. De quelle manière ces potentiels votants auront-ils été influencés positivement ou négativement par le virage environnemental – sincère ? – d’Emmanuel Macron dans la campagne du second tour, lui qui a promis d’investir son prochain premier ministre d’une mission de planification écologique, ou par les timides adaptations qu’il a annoncées à propos de sa réforme fixant l’âge de départ à la retraite à 65 ans ? Il est bien difficile de le pronostiquer, d’autant que la confirmation par Marine Le Pen lors du débat du 20 avril de son intention d’interdire le port du voile dans l’espace public pourrait, d’un autre côté, retenir davantage encore d’électeurs de gauche de voter pour elle.

Marine Le Pen a mené 223 jours de campagne lors cette troisième participation à une élection présidentielle, pour 51 jours à son ultime adversaire. Autant dire que pour elle comme pour Emmanuel Macron, le résultat du vote ce soir aura le parfum de la délivrance, quoi qu’il arrive.

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