Le ministre de l'Intérieur Matteo Salvini, leader de la Ligue, marque de son empreinte le nouveau gouvernement italien. © Fabio Frustaci/belgaimage

En Italie, Salvini en mâle dominant

Gérald Papy
Gérald Papy Rédacteur en chef adjoint du Vif/L'Express

Le ministre de l’Intérieur italien et la Ligue d’extrême droite tirent le plus grand profit du gouvernement antisystème formé avec le Mouvement 5 étoiles.

L’Italie a connu un séisme politique en 2018 en se dotant d’une gouvernement  » antisystème  » composé du Mouvement 5 étoiles, populiste, et de la Ligue, d’extrême droite. Une figure a symbolisé, hors de la péninsule, cette rupture. C’est celle du ministre de l’Intérieur, Matteo Salvini, le chef de la Lega, omniprésent sur les fronts de la lutte contre les migrations et de l’opposition à la doxa budgétaire européenne.

Cette perception, partagée par une majorité d’Italiens, reflète l’ascendant qu’a pris le parti d’extrême droite sur son partenaire à Rome.  » L’image d’un « gouvernement Salvini » s’impose d’autant plus que le Premier ministre Giuseppe Conte n’a pas d’expérience politique, ne dispose pas de la machine d’un parti et a été choisi comme figure de compromis pour représenter les deux composantes de la coalition « , souligne Luca Tomini, professeur en sciences politiques de l’ULB. Les sondages d’opinion traduisent ce phénomène : le Mouvement 5 étoiles se tasse autour des 30 % d’intentions de vote (pour quelque 32 % lors des législatives du 4 mars) alors que la Ligue a doublé son audience et dépassé son partenaire.

Budget, du clash aux concessions

Cette distorsion postélectorale s’explique par la relative pauvreté des résultats des six premiers mois de gouvernement. Le Mouvement 5 étoiles du ministre du Développement économique Luigi Di Maio n’a engrangé qu’une réforme, limitée, du marché du travail et table sur l’aboutissement des négociations sur le budget 2019 pour lancer et vanter son projet phare de revenu de citoyenneté. La Ligue n’a pas encore pu capitaliser sur les  » effets  » du décret-loi immigration et sécurité (restriction du droit de séjour et facilitation des expulsions de migrants) qui n’a été adopté à la Chambre que le 29 novembre. Mais, pointe Luca Tomini, le discours cohérent martelé sur ce thème par Matteo Salvini et la conjoncture méditerranéenne qui a ralenti l’arrivée de migrants en Italie ont déjà produit leurs effets.

Prévisible, l’épreuve de force avec l’Union européenne s’est focalisée sur le projet de budget, recalé par la Commission pour déficit excessif. Mais  » entre septembre et la fin de l’année, le gouvernement italien est passé du clash à la volonté de compromis « , insiste l’expert du Centre d’étude de la vie politique de l’ULB.  » Pas parce que Bruxelles l’a demandé mais parce qu’il s’est rendu compte que le projet initial était intenable en regard de la crédibilité de l’Italie et de la réaction des marchés. Le gouvernement Conte cherche le compromis qui lui permettra de ne pas renoncer complètement à ses projets, par exemple en étendant leur application dans le temps. Mais cela ne va pas sans créer des tensions, surtout au sein du Mouvement 5 étoiles « .

L’équilibre demeure précaire dans le gouvernement Conte qui bénéficie pourtant encore d’un semblant de lune de miel. Pour Luca Tomini, la Ligue est dans une situation plus confortable que son partenaire.  » Matteo Salvini dispose d’un plan B contrairement au Mouvement 5 étoiles, relève-t-il. Si l’alliance ne fonctionne plus, il aura tout loisir de faire tomber le gouvernement parce qu’en cas de victoire à des élections anticipées, il pourra toujours construire une majorité alternative de droite avec Forza Italia et la formation d’extrême droite Frères d’Italie, dans laquelle il aura le rôle dominant.  » Des escarmouches autour du budget ou des critiques dans la gestion de l’après-effondrement du viaduc de Gênes pourraient lui en fournir l’opportunité.

La  » chance  » de Matteo Salvini et du gouvernement de Giuseppe Conte réside – provisoirement ? – dans la pathétique faiblesse de l’opposition. Le Forza Italia de Silvio Berlusconi ne décolle pas de l’étiage des 7 à 8 % dans les sondages. Le Parti démocrate, qui devait figurer la principale résistance au duo Di Maio-Salvini, est toujours dépourvu de programme clair et de leadership. Et l’ancien premier ministre Matteo Renzi pourrait s’en retirer pour créer un nouveau parti. Le populisme a donc encore de beaux jours devant lui en Italie.

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