Jean-Luc Mélenchon © GETTY IMAGES

Elections françaises: le calvaire de la gauche (analyse)

Gérald Papy
Gérald Papy Rédacteur en chef adjoint du Vif/L'Express

L’insoumis Jean-Luc Mélenchon, potentiel bénéficiaire du « vote efficace », ne décolle pas. Et l’écologiste Yannick Jadot ne fédère pas. Sur quelle force la gauche parviendra-t-elle à se reconstruire demain?

Le contexte

A moins d’un mois du premier tour de l’élection présidentielle française, l’évolution des intentions de vote continue à profiter à Emmanuel Macron, crédité de 31% contre 18% pour sa première rivale, Marine Le Pen. Le déroulement perturbé de la campagne ne facilite pas la tâche des adversaires du président sortant, qui aura attendu le 17 mars pour présenter l’ensemble de son programme.

La marche pour l’urgence climatique à Paris, le 12 mars, a été un des rares moments de rassemblement de la gauche pendant la campagne pour la présidentielle. Et encore. Présents pour apporter leur soutien aux manifestants, les Anne Hidalgo (PS), Yannick Jadot (Europe Ecologie Les Verts) et Jean-Luc Mélenchon (La France insoumise) divergent sur les moyens de répondre à leurs attentes. Ainsi, même sur un thème fédérateur et électoralement porteur, la gauche française ne réussit plus à forger des fronts communs. Est-elle vouée à sombrer plus encore dans les limbes de la désaffection politique?

Un temps, le renoncement de Christiane Taubira, le ralliement de l’équipe organisatrice de la « primaire populaire » au candidat de gauche le mieux classé et la conviction de l’urgence d’un « vote efficace » pour supplanter l’extrême droite ont pu laisser penser que Jean-Luc Mélenchon pourrait rivaliser avec Marine Le Pen afin de décrocher un ticket pour le second tour de l’élection. Mais, peut-être entravée par les questionnements sur la position du leader de La France insoumise envers le pouvoir russe, la dynamique n’a pas vraiment pris. Et si Jean-Luc Mélenchon est désormais parfois élevé au quatrième rang des prétendants à l’Elysée dans les sondages (à 11,5% d’intentions de vote selon l’étude Ifop-Fiducial pour LCI du 14 mars), c’est en réalité parce que la candidate du parti Les Républicains, Valérie Pécresse, créditée de 11%, a accusé un fort recul.

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Sauf sursaut, le candidat de la gauche radicale serait ravalé à l’équivalent de son score de la présidentielle de 2012 (11,10% au premier tour), loin derrière celui de 2017 (19,58%) qui lui avait fait croire jusqu’à la dernière seconde, et même au-delà, à une qualification. Il y a cinq ans, aucun candidat du Parti communiste ne s’était présenté. Cette année, Fabien Roussel réalise, de l’avis général, une « bonne » campagne. Ses 4,5% d’intentions de vote grignotent immanquablement une partie de l’électorat potentiel du leader de La France insoumise. Après trois tentatives et trois échecs, on voit mal le tribun concourir une nouvelle fois en 2027.

Erreur stratégique

Jean-Luc Mélenchon aura péché par égotisme, plus confiant en sa capacité de conviction qu’en la nécessité du compromis et de l’union. Il « a commis sans doute une erreur stratégique en 2017, analyse Rémi Lefebvre, professeur à l’université de Lille, dans Faut-il désespérer de la gauche? (1). Il avait toutes les cartes en main et la légitimité populaire pour s’engager dans un processus de recomposition politique de la gauche autour de lui. Il a refusé de s’engager dans cette option, cherchant à imposer à tous un ralliement qui ne s’est pas produit et a perdu un leadership qui s’est révélé très conjoncturel et éphémère. » Le spécialiste de la gauche française explique que, depuis 2017, Jean-Luc Mélenchon n’a cessé de louvoyer entre une stratégie de rassemblement à gauche classique (aux élections européennes) pour affaiblir ses partenaires et une stratégie populiste, en substituant le clivage élites – peuple au clivage gauche-droite, pour élargir son assise. « Pour finir, il aura perdu sur les deux tableaux. »

Quelles seront les conséquences pour la gauche? Portée par les mobilisations des jeunes pour le climat, l’écologie politique semblait pouvoir s’imposer comme la colonne vertébrale d’une future restructuration de cette famille politique. Mais le faible score promis à son représentant, Yannick Jadot, questionne cette perspective. Malgré tout, en regard des nouveaux standards électoraux de la gauche, Europe Ecologie Les Verts pourra se targuer d’avoir progressé, même modestement (Eva Joly avait récolté 2,31% à la présidentielle de 2012, EELV s’était joint au candidat du PS en 2017).

L’issue du scrutin d’avril s’annonce en effet catastrophique pour le Parti socialiste. La maire de Paris, Anne Hidalgo, est au coude-à-coude avec l’homme des terroirs, Jean Lassalle, pour ravir la… huitième place au premier tour, avec 2% des suffrages. Rapportée aux 28,63% de François Hollande en 2012 et aux 6,36% de Benoît Hamon cinq ans plus tard, la performance pose la question de la survie de la famille socialiste sur l’échiquier politique, d’autant que la campagne actuelle a été l’occasion du débauchage par le camp macroniste de plusieurs anciens ténors. A cette aune, la candidature de survie d’Anne Hidalgo est un pari sur les élections législatives de juin où les ancrages locaux des socialistes et des écologistes détermineront l’orientation de la gauche de demain.

(1) Faut-il désespérer de la gauche?, par Rémi Lefebvre, Textuel, 160 p.

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