Comment expliquer l’impuissance à prévenir des fusillades comme celle d’Uvalde qui a fait 21 morts, le 24 mai? © getty images

Droit à l’avortement révoqué : les Etats-Unis sont-ils en déclin ?

Gérald Papy
Gérald Papy Rédacteur en chef adjoint du Vif/L'Express

Le recul sur le droit à l’avortement rend-il l’Amérique moins attractive dans le monde libre ? Dans l’absolu, sans doute. Mais aucune autre grande puissance ne rivalise avec elle en terme de soft power. C’est surtout l’état de la démocratie aux Etats-Unis qui doit susciter l’inquiétude.

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Avec des fusillades quotidiennes, et malgré l’accumulation des morts, une impuissance à encadrer, même modestement, l’utilisation d’ armes, comme l’a illustré, le 23 juin, un mois après la tuerie d’Uvalde, l’arrêt de la Cour suprême invalidant une loi de l’Etat de New York limitant leur transport à l’extérieur du domicile, l’Amérique fait-elle encore rêver? Après la révélation au grand jour, par la commission d’enquête parlementaire en charge de l’attaque du Capitole le 6 janvier 2021, des pressions hallucinantes exercées par Donald Trump et son entourage pour infléchir le résultat de l’élection présidentielle de novembre 2020, l’Amérique fait-elle encore rêver ou fait-elle peur? A l’ aune de la régression infligée par cinq des neuf juges non élus de la Cour suprême au droit à l’avortement, le 24 juin, cinquante ans après la validation de la garantie fédérale qui le protégeait, l’Amérique fait-elle rêver ou révulse-t-elle?

Voir Washington se rapprocher de Kaboul ou de Riyad en matière de droits des femmes, sous l’argument trumpien que «c’est la volonté de Dieu», ne rassure pas.

Pour ceux qui ont connu l’époque du monde libre engagé, sous le leadership des Etats-Unis, dans une confrontation idéologique sans merci avec le «modèle» communiste, russe et chinois, dont la «démocratie populaire» n’avait rien à voir avec les principes de la démocratie, la perte d’attractivité de l’ Amérique est inquiétante. Alors que son activisme déterminé mais mesuré – jusqu’à présent – dans la guerre en Ukraine pouvait faire oublier le fiasco du désengagement d’Afghanistan sous Biden ou la pantalonnade du rapprochement avec la Corée du Nord et le sabotage de l’accord sur le nucléaire iranien sous Donald Trump, voir Washington se rapprocher de Kaboul ou de Riyad en matière de droits des femmes, sous l’argument trumpien que «c’est la volonté de Dieu», ne rassure pas sur l’issue du duel du siècle entre les Etats-Unis et la Chine, un des Etats asiatiques parmi les plus libéraux en matière d’avortement.

Quelle concurrence?

L’ attractivité des Etats-Unis en berne consacre-t-elle leur déclin? Apple et Space X, la NBA et Netflix, Hollywood et le festival de Sundance, Beyoncé et Kendrick Lamar, le scientifique Gregory L. Robinson et l’économiste Emily Oster leur garantissent encore quelques encablures d’avance en matière de potentiel de rayonnement international. Et même si, en valeur absolue, ce soft power est handicapé par des reculs sur les droits des personnes, par la montée des inégalités et des violences ou par des atermoiements dans la lutte contre le dérèglement climatique, en valeur relative, il ne souffre pas vraiment de la concurrence des pouvoirs d’attraction de la Chine, de l’Inde ou de la Russie. Celui de l’Europe, en revanche…

Il y a sans doute lieu, à ce stade, de s’inquiéter davantage du préjudice porté à la démocratie par la frange ultrareligieuse des supporters de Donald Trump, sachant que la mise au jour de son rôle dans l’assaut du Capitole ne les dissuade pas d’espérer le faire réélire en 2024.

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