Image d'illustration © Istock

Des hippopotames, le cadeau empoisonné de Pablo Escobar

Muriel Lefevre

Le baron de la drogue possédait quatre hippopotames dans son zoo personnel. À sa mort, ils sont abandonnés à leur sort. Ils se sont tellement bien adaptés qu’aujourd’hui ils sont près de 80 et un danger pour les habitants de la région.

Au début des années 80, le violent et sanguinaire Pablo Escobar fait construire un zoo pour son fils. Il fait venir 2000 animaux pour peupler sa propriété de 3 000 hectares. Parmi les bestioles se trouvent des éléphants, une girafe et quatre hippopotames. Une des hypothèses avancées (mais non vérifiées) pour expliquer cette lubie serait que le roi de la cocaïne aurait constitué son zoo pour éloigner les chiens anti-drogue de sa propriété grâce à l’odeur des excréments des animaux sauvages. Lorsque le narcotrafiquant meurt sous les balles de l’armée colombienne en 1993 , tous les animaux sont replacés dans les zoos colombiens à l’exception des hippopotames qui sont laissés sur place. Vingt ans plus tard, ils forment une horde de quatre-vingts d’individus. Si rien n’était fait, d’ici 2035, il pourrait y avoir jusqu’à 1 500 hippopotames en Colombie selon les scientifiques.

En 2006, un premier hippopotame quitte la propriété laissée à l’abandon pour rejoindre les rives du Cocorná, un affluent du fleuve Magdalena. Sa recherche d’un nouveau territoire cause de nombreux dégâts. Les animaux pouvant sortir comme bon leur semble de la propriété, les autorités colombiennes doivent désormais faire face à une surpopulation d’hippopotames africains. Ces animaux, parmi les plus dangereux d’Afrique, tuent entre 100 et 200 personnes par an dans le monde. Avec une mâchoire qui exerce une pression d’une tonne par centimètre carré, l’hippopotame peut se montrer très violent lorsqu’il s’agit de défendre son territoire. À titre informatif : en cas d’attaque, la seule solution préconisée est de courir autour d’un arbre jusqu’à ce que l’animal se fatigue. Si elle peut être dangereuse, la bête a aussi un impact non négligeable sur l’environnement et l’écosystème local puisqu’elle engloutit jusqu’à 70 kilos de verdure par jour.

Les autorités colombiennes ont longtemps fait face à une impasse, car la présence de ces hippopotames est un véritable casse-tête. Il n’y a nul endroit où ils pourraient être déplacés. La piste de l’extermination des animaux avait parfois été évoquée par les écologistes , mais devant le tollé provoqué par la première exécution d’un hippopotame fugueur, les autorités n’ont pas osé. Et elles s’y risquent encore moins depuis que la population locale a transformé l’hacienda d’Escobar en parc à thème. De nombreux touristes aiment nourrir les hippopotames avec des fruits et des légumes. Du coup, en guise de compromis, les petits étaient placés dans des zoos colombiens.

Castration chimique

Depuis peu le gouvernement a lancé une campagne de stérilisation des animaux. Mais c’était plus facile à dire qu’à faire. Les vétérinaires colombiens ont d’abord stérilisé onze hippopotames de manière traditionnelle. Ils les ont attrapés, mis en cage, anesthésiés, ont découpé minutieusement leur peau épaisse, puis ont cherché leurs organes reproducteurs. L’opération seule prenait environ trois heures à chaque fois et n’a pas toujours été couronnée de succès. Face aux coûts exorbitants, les autorités ont cherché une autre option. Ils ont fini par opter pour la castration chimique. 24 des 80 hippopotames ont reçu une injection de Gonaco, un « contraceptif efficace à la fois sur les mâles et les femelles », et qui est « moins cher » que la « stérilisation chirurgicale », indique Cornare, une organisation régionale de protection de l’environnement, dans un communiqué. Des fusils à fléchettes ont été utilisés, tandis que d’autres individus ont été « appâtés et capturés ». L’opération est plus complexe qu’elle n’en a l’air car « les experts suggèrent d’administrer trois doses, sur la base d’études et de comparaisons effectuées sur d’autres grands animaux, comme les chevaux », explique Cornare. Soutenue financièrement et techniquement par les Etats-Unis, l’opération de castration chimique a duré près d’une semaine, dans la municipalité de Puerto Triunfo (nord-ouest). Elle a l’ambition de devenir « une référence mondiale pour le contrôle d’une population invasive d’hippopotames, un cas unique sur la planète », selon Cornare. Onze premiers individus avaient déjà été stérilisés de manière traditionnelle.

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