Le ministre israélien de la Défense Avigdor Lieberman a annoncé sa démission © BELGAIMAGE

Ce qu’il faut savoir de la démission du ministre israélien de la Défense Avigdor Lieberman

Le Vif

Le ministre israélien de la Défense Avigdor Lieberman a annoncé sa démission mercredi, provoquant l’incertitude sur l’avenir du gouvernement de Benjamin Netanyahu: les raisons, les conséquences de cette sortie fracassante… ce qu’il faut savoir.

Pourquoi M. Lieberman démissionne-t-il ?

M. Lieberman, partisan de la manière forte contre le mouvement islamiste Hamas au pouvoir dans la bande de Gaza, faisait déjà sentir sa différence avec M. Netanyahu face aux tensions en cours depuis des mois le long de la frontière. Le désaccord s’est cristallisé mardi soir autour de la conclusion d’un cessez-le-feu mettant fin à une dangereuse escalade militaire. Une « capitulation face au terrorisme » selon lui.

Au-delà des principes, des considérations plus politiciennes pourraient entrer en ligne de compte. Depuis des mois, il est question de législatives anticipées avant l’échéance de novembre 2019. Si M. Lieberman veut que son petit parti Israël Beiteinou continue à se faire entendre entre le puissant Likoud de M. Netanyahu et son rival nationaliste religieux du Foyer juif et qu’il sauve sa place au parlement, c’est peut-être le bon moment.

Elections ou pas élections ?

En démissionnant, M. Lieberman emporte avec lui les cinq sièges détenus par son parti à la Knesset et laisse M. Netanyahu avec une majorité minimale de 61 voix sur 120, l’une des raisons précisément pour lesquelles il était allé chercher M. Lieberman en 2016.

Le gouvernement de M. Netanyahu, au pouvoir depuis 2015 et considéré comme le plus à droite de l’histoire d’Israël, peut en théorie essayer de survivre jusqu’en novembre 2019.

Mais c’est tributaire des intérêts des uns et des autres, à commencer par ceux de M. Netanyahu lui-même.

Le Likoud a signalé que des élections anticipées ne s’imposaient pas et que M. Netanyahu cherchait à « stabiliser » ce qu’il reste de sa coalition. Mais un autre poids lourd du gouvernement, le ministre de l’Education Naftali Bennett, rêve du portefeuille de la Défense. Pas de portefeuille, plus de coalition, a distillé le Foyer juif. L’hypothèse que M. Netanyahu offre un tel marchepied à M. Bennett paraît très improbable.

Depuis 30 ans, aucune mandature n’est allée à son terme.

Où est l’intérêt de Netanyahu ?

Totalisant plus de 12 ans au pouvoir en deux fois, il pourrait battre le record de longévité de l’historique David Ben Gourion. Sans rival apparent, avec une opposition surclassée, il reste, avec le Likoud, le grand favori des sondages, avec une réputation de garant de la sécurité d’un pays confronté aux menaces.

M. Netanyahu passe pour avoir manoeuvré pendant des mois pour imposer des élections anticipées. Il s’agirait pour ce maître manoeuvrier de ne laisser personne lui dicter son tempo, en particulier face aux enquêtes pour corruption présumée qui le visent. Il semble s’être ravisé récemment.

Confronté aux critiques après le cessez-le-feu à Gaza, M. Netanyahu devrait rapidement s’assurer des meilleurs moyens de garder la main sur l’agenda.

Une « victoire » pour Gaza et le Hamas ?

Après des mois de tensions qui ont coûté la vie à plus de 200 Gazaouis, le Hamas et son allié du Jihad islamique ont célébré la démission de M. Lieberman comme une « victoire ».

Après la nouvelle flambée de violences des derniers jours, l’ONU et l’Egypte tentent de négocier une trêve prolongée entre les groupes palestiniens de Gaza et Israël.

M. Netanyahu préfèrerait contenir le Hamas plutôt que de tenter de l’éliminer, inquiet soit du vide que laisserait le mouvement islamiste, soit de l’impossibilité pour Israël d’assumer la sécurité d’un territoire d’où il s’est retiré en 2005.

« Je ne reculerai pas devant une guerre nécessaire mais je veux l’éviter si elle n’est pas indispensable », a déclaré M. Netanyahu samedi. Mais il a lui-même reconnu ne pas avoir de solution politique pour Gaza.

« Le moment est venu d’admettre ce que sait n’importe quel enfant de Gaza: Bibi (M. Netanyahu) est en faveur du régime du Hamas (…) parce qu’il ne trouve aucune autre alternative à son goût », écrit le quotidien Yediot Aharonot.

Des élections anticipées, propices à la surenchère de part et d’autre, pourraient introduire de nouvelles inconnues dans une équation déjà compliquée.

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