Pourchassés par les talibans dans les années 1990, les Hazaras, de confession chiite, sont reconnaissables à leur regard bridé. Après la chute des talibans, ils sont revenus massivement dans le centre du pays, le Hazarajat. Aujourd'hui, ils craignent de nouvelles persécutions.

Au coeur de l’Afghanistan: « Un mirage qui hante à jamais ceux qui l’ont vu » (photos)

Hadja Lahbib
Hadja Lahbib Journaliste et réalisatrice

Spécialiste reconnue de l’Afghanistan, Hadja Lahbib y a réalisé de très nombreux reportages, souvent accompagnée de son chef-opérateur Louis-Philippe Capelle. Pour Le Vif, la journaliste et réalisatrice commente certaines des images qu’ils en ont ramenées au fil des ans.

Trente ans de larmes et de sang, d’exils, de morts, de ruines,

Sans que l’on sache pour quelle faute, pour quel crime,

De guerres en guerres, de souffrances en souffrances,

Naîtra peut-être enfin l’espérance.

C’est ce qu’écrivait Humayun Tandar, un proche du commandant Massoud et ancien ambassadeur d’Afghanistan à Bruxelles en regardant ces photos que le chef-opérateur Louis-Philippe Capelle et moi-même ramenions de son pays il y a un peu plus de dix ans. Une décennie de larmes et de sang plus tard, l’espérance est toujours là, comme une flamme vacillante au fond des yeux. Ceux d’un peuple à la beauté farouche, vivant entre plaines et montagnes, dans un royaume où le temps n’a pas de prise. On y croise des hommes montant à cru des pur-sang comme de fiers cavaliers descendant de Gengis Khan et qui, une fois au sol, le geste ample et accueillant, vous offrent l’hospitalité, le temps d’un « tchaï », un repas, une nuit, deux ou trois, avec la certitude tranquille, pour l’étranger de passage, que rien ne lui sera fait tant qu’il est chez son hôte.

Au nord tadjik, on peut rencontrer une femme cheffe de guerre, armée jusqu’aux dents, capable de résister aux Russes comme aux talibans. Au coeur du pays hazara, une femme qui priait avec les hommes a balayé les règles tribales pour imposer un système démocratique. Bien sûr, ce sont là des exceptions mais l’histoire afghane est parsemée de ces épisodes qui forcent à l’humilité tous ceux qui veulent la comprendre. Cette terre que l’on surnomme en Occident « le cimetière des empires » à la suite des défaites infligées aux Britanniques, aux Russes et aujourd’hui aux Américains, invite au djihad, au sens noble du terme. Elle pousse au dépassement de soi, à sortir des carcans et des clichés et, alors seulement, elle se dévoile. Dans un dégradé de douceur et de raffinement, elle apparaît comme un mirage qui hante à jamais ceux qui l’ont vue. Terre fascinante qui célèbre la beauté de la vie, la grandeur des hommes autant que leur folie.

Lieu de villégiature préféré des Afghans, les lacs de Band-e Amir (
Lieu de villégiature préféré des Afghans, les lacs de Band-e Amir (« le bain de Ali ») sont entourés de légendes. La beauté surnaturelle des lieux, le dégradé de bleu turquoise surgissant au coeur des montagnes, stimule autant l’imaginaire que les croyances. On raconte que leurs eaux auraient la vertu de purifier le corps et l’esprit.
Après la guerre de 2001, des centaines de petits métiers ont surgi dans la capitale. D'anciens moudjahidines sont devenus vendeurs ambulants de produits en tous genres. Ici, un vendeur de moustiquaires pour bébé arpente les quartiers chics de Kaboul, là où les villas ont poussé comme des champignons dans des avenues où les chars gisent encore, poussés sur le côté, comme une simple parenthèse de l'histoire.
Après la guerre de 2001, des centaines de petits métiers ont surgi dans la capitale. D’anciens moudjahidines sont devenus vendeurs ambulants de produits en tous genres. Ici, un vendeur de moustiquaires pour bébé arpente les quartiers chics de Kaboul, là où les villas ont poussé comme des champignons dans des avenues où les chars gisent encore, poussés sur le côté, comme une simple parenthèse de l’histoire.
Une femme se rend à l'hôpital à dos d'âne, conduite par le fils d'un voisin. L'absence d'infrastructure routière et l'insécurité qui règne dans le pays sont l'une des causes du taux de mortalité infantile très élevé en Afghanistan. Mais quand nous les croisons, dans un chatoiement de rouges flamboyants, femme et enfants nous sourient. Point de souffrance ni de plainte dans leur regard.
Une femme se rend à l’hôpital à dos d’âne, conduite par le fils d’un voisin. L’absence d’infrastructure routière et l’insécurité qui règne dans le pays sont l’une des causes du taux de mortalité infantile très élevé en Afghanistan. Mais quand nous les croisons, dans un chatoiement de rouges flamboyants, femme et enfants nous sourient. Point de souffrance ni de plainte dans leur regard.
Elle a pris les armes, combattu les Russes puis les talibans aux côtés des troupes du commandant Massoud, protégeant sa vallée de Sajjan, au nord-est de Kaboul, de toute incursion étrangère. La commandante Kaftar n'a pas déposé les armes en 2001:
Elle a pris les armes, combattu les Russes puis les talibans aux côtés des troupes du commandant Massoud, protégeant sa vallée de Sajjan, au nord-est de Kaboul, de toute incursion étrangère. La commandante Kaftar n’a pas déposé les armes en 2001: « Qui nous défendra si l’ennemi revient? Les membres du gouvernement fuiront au moindre danger! », m’avait-elle dit à l’époque. Bien avant la chute de Kaboul le 15 août dernier, elle a rallié le camp des talibans. Par stratégie, pour survivre ou par conviction?
L'une des légendes les plus connues d'Afghanistan est celle qui entoure les bouddhas de Bâmiyân. Pour les habitants de cette ville, ils représentent les corps gravés de deux amants, Salsal et Shahmama, qui, par la puissance de leur amour, se seraient ainsi retrouvés immortalisés. Les nombreux contes dont ils font l'objet appartiennent à la tradition orale. En détruisant les bouddhas en mars 2001, les talibans ont anéanti des siècles d'histoire et une part importante de l'identité afghane.
L’une des légendes les plus connues d’Afghanistan est celle qui entoure les bouddhas de Bâmiyân. Pour les habitants de cette ville, ils représentent les corps gravés de deux amants, Salsal et Shahmama, qui, par la puissance de leur amour, se seraient ainsi retrouvés immortalisés. Les nombreux contes dont ils font l’objet appartiennent à la tradition orale. En détruisant les bouddhas en mars 2001, les talibans ont anéanti des siècles d’histoire et une part importante de l’identité afghane.
Les femmes pachtounes sont réputées pour leurs poésies, les
Les femmes pachtounes sont réputées pour leurs poésies, les « Landaï », que l’on peut traduire par « petits serpents venimeux ». Leurs mots sont des épées qu’elles plantent dans les coeurs de façon anonyme et foudroyante. La tradition orale se transmet encore de nos jours, des vers rageurs, tragiques ou drôles dénoncent les conditions de vie des femmes: « Mes douleurs grandissent quand ma vie diminue, je mourrai le coeur plein d’espoir. »
Sitara et Roxhana n'ont pas 8 ans, mais elles ont déjà été promises en mariage à des garçons nés dans un clan ami. Les promesses de mariage, qui renforcent les liens entre tribus, sont encore courantes quoique de plus en plus détournées par des
Sitara et Roxhana n’ont pas 8 ans, mais elles ont déjà été promises en mariage à des garçons nés dans un clan ami. Les promesses de mariage, qui renforcent les liens entre tribus, sont encore courantes quoique de plus en plus détournées par des « enlèvements ». Les jeunes amants s’arrangent pour disparaître ensemble une nuit et les parents, mis devant le fait accompli, s’accordent bien souvent pour éviter le déshonneur qui mènerait immanquablement à une issue dramatique. Mais c’était avant les talibans et le retour du sinistre ministère du Vice et de la Vertu…

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