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Analyse | L’Europe entre (quasiment) en guerre

Gérald Papy
Gérald Papy Rédacteur en chef adjoint du Vif/L'Express

En débloquant un demi-milliard d’euros, l’Union européenne s’engage spectaculairement aux côtés des Ukrainiens. Leur résistance après cinq jours d’offensive russe déroute Vladimir Poutine. Ce qui justifierait de brandir la menace de l’arme nucléaire ?

Après l’auto-défense à travers le déploiement de troupes dans les pays voisins et une première réplique timide et non concertée à l’offensive russe via l’envoi de matériel, l’Union européenne a opéré, le dimanche 27 février, une mutation spectaculaire en s’accordant sur une aide militaire massive à l’Ukraine pour contrer le dessein de la Russie d’asservir son voisin. Les Vingt-Sept ont débloqué 450 millions d’euros en armes et 50 millions d’euros en équipements de protection et en carburant pour venir en aide à une armée ukrainienne qui, cinq jours après le déclenchement de la guerre, a montré qu’elle pouvait opposer une résistance plus forte qu’attendue par les stratèges de Moscou.

Ce demi-milliard d’euros est puisé dans les fonds de la… Facilité européenne pour la paix (FEP), instituée en mars 2021 pour financer les opérations de prévention des conflits, de préservation de la paix et de renforcement de la stabilité et de la sécurité internationales. L’idée en avait été émise après les difficultés rencontrées en Afrique pour financer la lutte contre l’islamisme. L’Ukraine sera le premier pays bénéficiaire de ce mécanisme.

Sur cet effort se greffe celui de l’Allemagne qui a opéré le dimanche 27 février un tournant véritablement historique en décidant, pour la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale, l’envoi de matériel militaire offensif à un pays partenaire: 1 400 lance-roquettes, 500 missiles sol-air Stinger et 9 obusiers seront fournis à l’armée ukrainienne. La dimension systémique de ce changement est confortée par la décision du gouvernement d’Olaf Schölz de porter le budget de la défense pour 2022 à 100 milliards d’euros afin de moderniser l’armée allemande, dont les lacunes ont été mises en évidence lors de cette crise. Enfin, des pays européens devraient aussi fournir à l’Ukraine des avions de combat directement utilisables par l’armée de l’air ukrainienne.

Conjugué aux sanctions qui ont été considérablement rehaussées avec le « débranchement » de nombreuses banques du système de payement Swift et l’interdiction de survol des compagnies aériennes de plusieurs pays européens, l’effort militaire des Européens témoigne d’une volonté de faire reculer Vladimir Poutine sur le front ukrainien. Faut-il déjà y voir des « réponses » à la mobilisation européenne à laquelle Moscou ne s’attendait pas ? Vladimir Poutine a de nouveau hésité entre diplomatie et surenchère guerrière le dimanche 27 février. Il a accepté une première rencontre avec des représentants du gouvernement ukrainien à la frontière entre l’Ukraine et le Bélarus ce lundi. Mais dans le même temps, il a brandi la menace de l’arme suprême en ordonnant la mise en alerte de la force russe de dissuasion nucléaire. Signe de faiblesse du dictateur ? La posture de Vladimir Poutine semble illustrer en tout cas l’embarras que provoquent dans l’armée russe les ratés de l’offensive terrestre et la résistance courageuse de l’armée et de la population ukrainiennes. Des interrogations demeurent néanmoins sur la durabilité de cette résistance. L’effort de guerre européen pousse en effet Vladimir Poutine à en finir au plus vite avec le gouvernement démocratique de Kiev et avec ce président Volodymyr Zelensky qui gagne la bataille mondiale de la solidarité et des images.

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