"Le régime colonial comme tel était basé sur l'exploitation et la domination", a déclaré le roi Philippe. © Belga

Le Roi Philippe réitère ses regrets au Congo: « Le régime colonial était basé sur l’exploitation et la domination »

Eglantine Nyssen
Eglantine Nyssen Journaliste au Vif

Le Roi Philippe s’est adressé au peuple congolais lors de sa visite d’Etat. Dans un discours historique, il a réitéré « ses plus profonds regrets » déjà exprimés en 2020.

Lors d’un discours très attendu sur l’esplanade du Palais du Peuple, siège du Parlement, à Kinshasa, le souverain belge a réitéré « ses plus profonds regrets » – déjà exprimés en 2020 dans une lettre historique adressée au chef de l’Etat Félix Tshisekedi – pour les souffrances infligées au peuple congolais pendant la période coloniale.

« Aujourd’hui nous sommes enfin là, parmi vous, avec une joie immense », a-t-il commencé. « La Reine et moi foulons pour la première fois le sol congolais. Nous remercions vivement le Président pour l’invitation. Nous sommes très heureux de découvrir votre pays et touchés par votre accueil chaleureux. Je veux vous dire l’affection et l’amitié que nous ressentons en Belgique à votre égard. Face aux situations difficiles, votre dignitié et votre courage et le respect. »

Le régime colonial était celui d’une relation inégale, en soit injustifiable marqué par le paternalisme, les discriminations et le racisme.

Roi Philippe

« Il y a 62 ans, le Congo et la Belgique ont tourné une page essentielle de leur histoire commune. Aujourd’hui, vous souhaitez écrire un nouveau chapitre dans nos relations et regarder vers l’avenir. Ecrivons ce nouveau chapitre ensemble sans oublier le passé mais en l’assumant pleinement. Bien que de nombreux Belges se soient sincèrement investis, aimant profondément le Congo et ses habitants, le régime colonial comme tel était basé sur l’exploitation et la domination. Il était celui d’une relation inégale, en soit injustifiable marqué par le paternalisme, les discriminations et le racisme. Il a donné lieu à des exactions et des humiliations. Je désire réaffirmer mes plus profonds regrets pour ces blessures du passé. La préservation de l’intégrité territoriale du Congo est une préoccupation majeure que nous partageons. »

Le Roi a également promis le soutien de la Belgique à la RDC dans ses efforts pour préserver l’intégrité du territoire du Congo, dont l’est est en proie à l’instabilité et à un regain de tension avec le voisin rwandais. « Pour vous, comme pour moi, la présence belge au Congo, avant 1960, laisse aussi un héritage qui a ancré le pays dans ses frontières actuelles« , a fait valoir le monarque. « Vous pouvez compter sur le soutien de la Belgique, au sein des instances internationales, à toute initiative visant à la stabilité et au développement harmonieux de l’Afrique des Grands Lacs. La reprise progressive de notre coopération militaire s’inscrit dans la même logique ».

BELGA PHOTO NICOLAS MAETERLINCK

Le roi Philippe a ensuite appelé les responsables congolais à « unir les forces pour répondre ensemble aux nombreux défis communs ». « Cela requiert un grand sens de la collaboration, un vrai partenariat d’égal à égal, et une créativité à la hauteur des défis actuels. La voix des Congolais et des Africains doit être entendue et prise en compte par rapport à tous les grands enjeux contemporains ». « Vive le Congo, Vive l’amitié belgo-congolaise » a-t-il conclu.

Respecter les frontières

À quelques heures d’un discours très attendu du roi Philippe, le Premier ministre Alexander De Croo a assuré que la Belgique était prête à aider la République démocratique du Congo à faire respecter ses frontières à l’est du pays, une région en proie à un regain de tension avec le voisin rwandais. « Comme l’Ukraine, la RDC a le droit d’exiger de vos voisins que votre territoire soit respecté. Vous avez le droit de demander à chacun d’entre eux de faire les choses nécessaires pour éviter l’insécurité dans votre pays. Vous devez les appeler à prendre leurs responsabilités. Si vous l’estimez nécessaire, la Belgique est prête à jouer un rôle pour que ces responsabilités soient respectées », a dit Alexander De Croo.

Masque symbolique

Plus tôt dans la journée, le roi Philippe a solennellement remis un masque rare kakuungu de l’ethnie Suku au Musée National de Kinshasa. L’objet d’une taille de 130 cm a été prêté, pour une longue durée, par le Musée de l’Afrique de Tervuren.

(Photo by ARSENE MPIANA/AFP via Getty Images)

Ce masque géant, acheté il y a 70 ans par un chercheur du Musée de Tervuren, était utilisé pendant des rites d’initiation par les Suku pour protéger les jeunes contre toute menace. La pièce restera définitivement propriété du Musée kinois dès que la Belgique aura adapté ses dispositions légales sur la propriété inaliénable. C’est-à-dire qu’il soit rendu possible pour l’État de céder la propriété juridique d’objets qui se trouvent affectés à son domaine public. Le projet de loi en ce sens, adopté en commission de la Chambre la semaine passée, sera à l’ordre du jour d’une séance plénière du Parlement, dans la foulée de la visite officielle du Roi en RDC.

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