Jan Jambon a demandé à Belfius de préparer un plan de privatisation partielle.

Vers une vente des parts de l’Etat dans Belfius: «Jambon préfère générer des liquidités plutôt que développer une vision»

Sylvain Anciaux

Belfius a annoncé que le ministre des Finances, Jan Jambon, lui avait demandé de se préparer à une privatisation partielle.

Le ministre des Finances, Jan Jambon (N-VA), a demandé au bancassureur Belfius de préparer une privatisation partielle, a annoncé vendredi son CEO Marc Raisière. La banque, entièrement détenue par l’Etat, est favorable à une cession de 20 à 25% de son capital. L’idée était dans l’air depuis longtemps, les gouvernements précédents y avaient songé, mais à l’époque, le secteur bancaire n’était pas dans la forme favorable qu’il connaît actuellement, comme en témoignent ses 476 millions d’euros de bénéfice net (notamment grâce à ses produits d’assurance, en croissance de 9%). Et les chiffres de la deuxième moitié de 2025 seront encore meilleurs, prédit la directrice financière de Belfius, Marianne Collin.

Belfius, la poule aux œufs d’or de l’Etat

En 2011, l’Etat avait sorti le chéquier pour sauver Dexia (ex-Belfius) de la faillite en déboursant quatre milliards d’euros. Depuis le versement du premier dividende en 2015, près de 3,5 milliards d’euros sont revenus à l’Etat. La mise de départ aurait donc pu être totalement amortie dès cette année vu que Belfius s’apprêtait à rétrocéder 500 millions d’euros de dividendes en plus des 444,5 millions déjà approuvés cette année. Alors pourquoi demander une privatisation partielle? «L’Etat préfère générer des liquidités à court terme afin d’augmenter son budget de la Défense plutôt que de développer une visibilité à long terme», commente Morgane Kubicki, porte-parole de Financité, une ASBL de sensibilisation à la finance.

Pour le citoyen, le changement sera relativement peu visible. «Belfius portait peut-être un peu plus attention aux services bancaires de base que les autres, mais elle ne se comportait pas de manière très différente des autres banques privées, décrit Morgane Kubicki. Cela fait des années que Belfius fonctionne comme une banque privée, et c’est un choix politique vu qu’elle est détenue par l’Etat. On l’a encore vu cet hiver avec le refus de financement de certaines communes. Pourtant, cette banque est un héritage du crédit communal.»

Le dossier ne semble toutefois pas faire l’unanimité au sein du gouvernement. Le président du MR Georges-Louis Bouchez s’était dit en juillet opposé à la vente immédiate de parts de l’Etat belge dans la banque Belfius. A ses yeux, il faut d’abord constituer un groupe commun entre Belfius et Ethias pour créer un grand bancassureur unique.

200 milliards d’occasions ratées de faire de Belfius une banque éthique

Parallèlement au débat sur les liquidités de l’Etat, la vente des actions dans Belfius tire également un trait sur un vieux rêve du monde associatif: celui d’une banque dite éthique. «Mieux que des dividendes (dont l’origine n’est malheureusement pas glorieuse sur le plan éthique et écologique), Belfius c’est un volume d’épargne (la nôtre) de plus de 200 milliards, écrivait Didier Palange, porteur de projets pour Financité, dans une chronique publiée cet été. Ajoutez-y le capital de l’Etat, la capacité qu’ont les banques de prêter, diminuée de quelques règles de prudence, vous obtenez une enveloppe monumentale qui pourrait transformer le monde de demain en menant une politique responsable en matière d’environnement mais aussi d’emploi. En faisant partie des grandes banques belges, Belfius est notre ticket d’entrée pour influencer le secteur financier et le marché vers des bonnes pratiques.»

Belfius n’accompagnera donc jamais de projets sociaux et écologiques, ce que beaucoup attendaient d’une banque détenue par les pouvoirs publics. L’ambition du secteur associatif s’était cependant estompée il y a longtemps déjà, ceux-ci avaient tenté de mener leur propre chemin à travers la coopérative NewB, présentée comme une banque éthique, lancée en 2011 mais intégrée finalement à la banque vdk en 2013.

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