De nombreuses communes relèvent leurs taxes pour 2026. Celles-ci concernent notamment les additionnels à l’impôt des personnes physiques et au précompte immobilier. Près d’une commune sur six en Wallonie et à Bruxelles a fait ce choix.
Après le round d’observation post-élections, le budget des communes ne peut désormais plus se cacher. Avec, en ligne de mire, des augmentations qui tombent un peu partout pour 2026, alors que les mois et années à venir s’annoncent compliqués pour les finances communales.
Selon le relevé provisoire effectué par le SPW, complété par quelques annonces relayées par la presse locale, quelque 49 localités ont décidé d’augmenter les additionnels (pourcentage d’augmentation au montant de la taxe de base) prélevés sur le précompte immobilier (PRI) ou sur l’impôt des personnes physiques (IPP), parfois les deux en même temps. En Wallonie, 25 communes ont adapté à la hausse leur taux sur le PRI cette année et elles sont neuf à faire de même à Bruxelles. Côté IPP, trois communes bruxelloises affichent un taux en hausse, pour 24 en Wallonie. A noter également que des baisses se produisent cette année: ce sera le cas dans quatre communes de la Région bruxelloise et six en Wallonie, touchant soit l’IPP, soit le PRI.
«C’est la situation assez classique: la deuxième année de mandature locale est souvent celle des augmentations des taux additionnels. La première année, le budget est déjà en partie anticipé, il est assez neutre, l’équipe prend ses marques. Ensuite, on rentre véritablement dans le vif du sujet, avec les premiers arbitrages pour maintenir l’équilibre budgétaire», détaille Arnaud Dessoy, responsable du service «études sur les finances locales» chez Belfius.
Le précompte immobilier, crucial dans les grandes villes
Les différents mouvements enregistrés cette année, tant à la hausse qu’à la baisse, respectent souvent une certaine logique, selon l’assiette globale des recettes représentée, souligne l’expert. «Du côté des grandes villes et communes très urbanisées, le précompte immobilier représente un volume de taxe plus grand que dans une commune rurale, moins bâtie. Certains centres urbains affrontent aussi une paupérisation marquée de leur population, affectant les recettes collectées avec l’IPP. On assiste donc fréquemment à un tax-shift entre les deux. C’est assurément le cas en Région bruxelloise.»
C’est d’ailleurs ce qui s’est passé à Bruxelles-Ville cette année, qui a réduit son taux additionnel à l’IPP de 6% à 4,9%, allégeant les charges sur la population, tout en relevant le taux sur le précompte immobilier, de 2.950 à 3.457 centimes additionnels. «Ce dernier a l’avantage de toucher tous les bâtiments, commerces et bureaux compris, pas seulement les habitations, même si les propriétaires sont évidemment concernés aussi. Mais augmenter le précompte envoie un autre message, surtout lorsque dans le même temps les pouvoirs publics peuvent annoncer une réduction de l’IPP, donc un allègement à destination de tous les citoyens. Dans une commune plus rurale, les additionnels au PRI et à l’IPP se valent plus ou moins en matière de recettes collectées. Mais dans les grandes villes, la répartition atteint plus souvent trois quarts pour le précompte et un quart pour l’IPP. Il y est donc régulièrement plus intéressant d’augmenter les recettes sur le PRI», poursuit Arnaud Dessoy.
Une manne à 2,5 milliards d’euros
En regardant la moyenne, qui cache justement ces différences entre communes plus rurales et urbaines, les additionnels à l’IPP et au précompte pèsent chacun pour environ 17% des rentrées financières ordinaires des communes wallonnes. Selon les dernières données diffusées par Belfius, cela représente une manne totale de 2,5 milliards d’euros. Après l’intervention du Fonds des communes, comptant pour environ un quart des recettes ordinaires, ce sont donc les deux plus importants postes côté recettes. Toucher au taux prélevé sur deux taxes permet donc d’influencer fortement certains budgets communaux.
«C’est un vrai jeu d’équilibriste, car les pouvoirs locaux sont soumis à des règles plus contraignantes que la Région, afin de garder le cap budgétaire. Une commune ne peut en principe s’endetter que pour des investissements par exemple, et elle doit présenter un budget à l’équilibre, y compris avec le remboursement de ses dettes. Cela les oblige structurellement à avoir des recettes qui s’équilibrent avec les dépenses», précise encore Arnaud Dessoy.
C’est d’ailleurs ce point d’équilibre qui inquiète dans certaines localités. Le problème du financement des pensions des agents communaux ne fait que grandir, représentant une véritable bombe à retardement. Dans les grandes villes, s’y ajoutent les charges de personnel, de police et autres, qu’elles doivent aussi assumer pour des non-résidents utilisant leurs services. Les pôles d’emploi, comme Bruxelles, voient également l’IPP leur échapper, puisque certains travailleurs n’y résident pas, payant de fait cet impôt dans une autre commune.
Des taux recommandés pas toujours respectés
Les taux peuvent donc parfois varier fortement entre le centre et la périphérie, tout simplement pour compenser ces pertes et différences de publics. Afin de garder malgré tout une cohérence à l’échelle du territoire, des taux maximaux sont recommandés. En Wallonie, c’est le cas tant pour le pourcentage additionnel prélevé sur l’IPP, qui ne devrait pas dépasser les 8,8%, que pour les centimes additionnels sur le précompte, fixés à 2.600 par la Région wallonne.
Dans les faits, le premier est bien respecté, le second beaucoup moins. «Pour le précompte immobilier, certaines communes dépassaient déjà les centimes additionnels recommandés par la Wallonie au moment où ils ont été fixés. Afin d’éviter de leur demander de réduire ce taux et de les mettre en difficulté, une certaine latitude leur a été laissée sur ce point. On trouve donc une série de communes qui dépassent, parfois largement, ces 2.600 centimes additionnels», indique encore le spécialiste du financement des pouvoirs locaux.
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D’autres taxes à prendre en compte
Quelques mises en garde s’imposent néanmoins lorsqu’on établit des classements des communes qui taxent le plus, notamment celles dépassant les taux recommandés. Une commune aux taux élevés n’est pas forcément une mauvaise gestionnaire, mais peut être une commune devant porter une dette historique particulièrement lourde (c’est le cas à Ath, notamment). Cela signifie peut-être aussi qu’elle ne peut pas compter sur certaines rentrées substantielles qui bénéficient à d’autres: la présence d’une centrale nucléaire, d’une très grosse entreprise, des ventes de bois, etc.
Outre les additionnels, d’autres taxes sont également en vigueur dans de nombreuses communes. La taxe doit apporter un financement à la commune et entend parfois, en objectif secondaire, lutter contre certains phénomènes (bâtiments laissés à l’abandon, dégradation de l’espace public, etc.).
Dans les décisions de plusieurs collèges communaux pour 2026, une taxe particulière a fait réagir les citoyens, concernant les poubelles. Mais il s’agit d’un prélèvement bien particulier: la taxe poubelle est dite «affectée» et les montants servent uniquement à permettre la collecte et le traitement des déchets. Les intercommunales de gestion des déchets envoient la facture, répercutée aux citoyens par les communes, selon le principe du coût-vérité. Le montant final payé par les ménages devant couvrir entre 95% et 110% du coût réel de la gestion des déchets.
Les montants, parfois à la hausse dans les communes, sont donc souvent contraints par cette réalité. Mais ils viennent bien alourdir la note des ménages, parfois déjà frappés par la hausse des additionnels à l’IPP et au précompte immobilier.