La Station spatiale internationale, un modèle de coopération, encore préservé. © ESA

Avec Thomas Pesquet et Etienne Klein, la tête dans l’espace et les pieds sur Terre

Gérald Papy
Gérald Papy Rédacteur en chef adjoint

L’astronaute Thomas Pesquet et le physicien Etienne Klein dialoguent sur leur passion de l’altitude et sur le dépassement qu’elle procure. Une façon de mieux appréhender les affres du quotidien.

En ces temps d’inquiétudes sur l’avenir du monde et de bonnes résolutions obligées, s’adonner à une lecture qui prend de la hauteur et a foi en la coopération entre êtres humains peut s’avérer sacrément salutaire. L’astronaute Thomas Pesquet et le physicien Etienne Klein en offrent l’occasion avec Eloges du dépassement (1), un dialogue fécond mené par Ulysse Manhes.

Les deux auteurs partagent la même «passion de l’altitude», les massifs montagneux pour Etienne Klein, alpiniste amateur, les airs et l’espace pour Thomas Pesquet, qui y voit «peut-être le désir de transcendance, de dépassement, d’extension des capacités humaines, d’omniscience, tout ce que vous voudrez…». Ils gardent pourtant l’un et l’autre les pieds sur Terre, et «la tête souvent ailleurs», concède le physicien, parce qu’«on ne peut pas faire preuve d’arrogance individualiste devant l’immensité spatiale, ajoute l’astronaute. C’est aussi l’une des vertus de l’espace: il nous dépassera toujours.»

«On ne peut pas faire preuve d’arrogance individualiste devant l’immensité spatiale.»

Si l’espace ou les montagnes les dépassent et suscitent leur admiration, Thomas Pesquet et Etienne Klein n’en sont pas moins rattrapés par les contingences d’ici-bas. Ils livrent leurs réflexions sur le scepticisme croissant de la population à l’égard de la science et de la recherche spatiale, sur le rapport «coût-retombées» de plus en plus questionné de leurs travaux, sur les doutes que le progrès scientifique puisse encore engendrer du progrès social. Etienne Klein avance une explication de cette défiance dans le constat que quand il était adolescent, les magazines destinés à la jeunesse lui parlaient de l’an 2000 «le plus souvent de façon fort désirable» tandis qu’aujourd’hui, «personne n’envisage 2050 ou 2100 de manière férocement attractive».

Les nouvelles oppositions internationales, entre Etats-Unis, Europe, Chine, Russie, Inde, affectent aussi le travail dans l’espace, les programmes nationaux tendant à supplanter les coopérations internationales. A cette aune, la station spatiale internationale où Européens, Américains et Russes travaillent de concert et à bord de laquelle Thomas Pesquet a mené deux missions, est, pour Etienne Klein, une deuxième étoile du Berger, «incarnant un autre type de lumière, celle de la curiosité partagée, de la recherche menée sans frontières, d’une interface discrète et respectueuse entre notre monde terrestre et l’univers tout entier.» Elle doit donc être préservée.

(1)    Eloges du dépassement, par Thomas Pesquet et Etienne Klein, Flammarion, 224 p.

© DR

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