Opinion

Pierre Havaux

Vent du Nord de Pierre Havaux: sur un air de mégaphone de gauche (chronique)

Pierre Havaux Journaliste au Vif

Ce serait cher payé par le contribuable flamand, surtout s’il vote VB ou N-VA, pour entretenir un « gueulophone » de la cause progressiste.

Avec une aide de 805 000 euros, l’institut Hannah Arendt à de quoi passer trois hivers sans encombre. Jambon I (N-VA – Open VLD – CD&V) aura bouclé 2021 la conscience tranquille, en se rangeant au désir de son ministre en charge du vivre-ensemble, Bart Somers (Open VLD), de regarnir la cagnotte pour trois ans. Mais il a fallu que le partenaire N-VA de la coalition avale la pilule. Car ce n’est pas l’envie de couper les vivres qui lui manquait.

Le ver serait dans le fruit de ce partenariat noué en 2019 entre deux universités (VUB et Anvers) et la ville de Malines, puis élargi à la KULeuven et à l’université de Gand. Du fort beau monde se mobilise ainsi pour doter la Flandre d’une boîte à idées et à outils au service de la citoyenneté, sous l’identité inspirante d’Hannah Arendt (1906 – 1975), politologue-journaliste mondialement célèbre qui philosopha beaucoup sur le totalitarisme. On cogite entre ses murs sur la diversité, l’urbanité, la cohésion sociale, bref sur tout ce qui peut contribuer à faire reculer l’intolérance et la polarisation. Rien que de très noble en soi.

Oui mais voilà, la droite de la droite, en se penchant sur le berceau pour examiner de plus près ce nouveau-né gratifié à sa venue au monde d’une prime de 234 960 euros, en retirait comme un sombre pressentiment. Ce core business avait tout pour éveiller ses soupçons et le Vlaams Belang, vite rejoint par la N-VA, eut tôt fait d’ôter au nourrisson le bénéfice du doute. Il y a de ces mises en chantier qui ne trompent pas: « Décolonisation, usage de la langue maternelle (nota bene: pas forcément le néerlandais), interdiction sur les réseaux sociaux, etc. Ces thèmes à buzz sont le fil rouge du champ d’intérêt des activités de l’institut. On puise toujours dans le même tonneau idéologique, avec le même genre d’orateurs. Le seul étranger admis fut mon président Bart De Wever, à l’occasion d’une table ronde mais une hirondelle ne fait pas le printemps », s’est émue Nadia Sminate, députée N-VA à la tête de la croisade.

Ainsi donc, sous couvert d’être un moteur de recherches académiques au-dessus de la mêlée, l’institut Hannah Arendt ne serait qu’une officine de propagande à la solde de la gauche libérale, voire radicale, pis encore, un outil inféodé au ministre Bart Somers, l’homme fort de Malines, qui a accueilli à bras ouverts l’organisme dans une aile de l’hôtel de ville. L’inverse d’un modèle de pluralisme et de confrontation d’idées, et dont la valeur ajoutée ne saute pas aux yeux d’une Nadia Sminate dépitée de constater qu’un financement public au départ provisoire s’installe dans le définitif: « En 2024, le compteur s’établira à 1,2 million d’euros. » Ce serait cher payé par le contribuable flamand, surtout s’il vote VB ou N-VA, pour entretenir un « gueulophone » de la cause progressiste, celle qui prône les frontières ouvertes et la bienveillance migratoire. Allez, c’est bon pour une fois, « l’institut obtient une seconde chance » mais sous réserve d’une rectification du tir, a fait savoir au parlement flamand Wilfried Vandaele, chef de la fraction N-VA, sous le sourire narquois des élus VB. Du côté de Bart Somers et des autres partenaires de majorité, on se dit fort attristé par ces esprits chagrins.

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