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Vague afghane: la question migratoire, ligne de fracture du gouvernement De Croo

Olivier Mouton
Olivier Mouton Journaliste

La majorité fédérale divisée en « deux camps », sous la pression des nationalistes flamands. Le secrétaire d’Etat Sammy Mahdi (CD&V), pris entre deux feux, tente de « dépolitiser » le débat.

Le risque d’une crise migratoire importante venue d’Afghanisan, avec la prise de pouvoir annoncée des talibans, place la Vivaldi devant la possibilité d’une nouvelle crise, après celle provoquée par la grève des sans-papiers à Bruxelles, qui a culminé en juillet. Les écologistes et le PS avaient alors menacé de retirer leurs ministres en cas de décès d’un gréviste. Ce sont les mêmes partis qui montent au front dans le cas des demandeurs d’asile afghans.

Il s’agit d’une nouvelle démonstration du caractère délicat de la question migratoire et « identitaire » en sens large. La majorité fédérale (socialistes, libéraux, écologistes et CD&V) est divisée en « deux camps » qui développent des visions opposées du monde. L’autre « crise » au sujet de la neutralité dans les services publics et le port des signes religieux a toutefois démontré que ces « camps » étaient à géométrie variable, notamment en ce qui concerne la position de l’Open VLD, parti du Premier ministre, Alexander De Croo.

Pour saisir le caractère explosif de ces thèmes, on ne peut oublier que les deux principaux partis flamands, la N-VA et le Vlaams Belang, se situent dans l’opposition en Flandre. Cette question sur le profil de la « communauté idéale » est leur fond de commerce. Tout actualité qui s’y réfère suscite une pression importante sur la majorité. Le CD&V et l’Open VLD, affaiblis dans les sondages, doivent à chaque reprise utiliser des trésors d’argumentation pour expliquer leur position.

Sammy Mahdi entre deux feux

Ce jeudi 12 août, c’était prévisible: les écologistes demandent de geler les expulsions forcées vers l’Afghanistan. « Nous souhaitons avoir une discussion à ce sujet au sein du gouvernement, affirme la députée fédérale Eva Platteau (Groen). Les ambassadeurs européens, qui disposent d’un aperçu de la situation sécuritaire dans le pays, plaident pour une suspension des retours forcés. C’est un signal clair que nous ne pouvons pas ignorer. »

Prévisible, la demande écologiste a été renforcée par la décision des Pays-Bas et de l’Allemagne de suspendre ces expulsions forcées – une décision annoncée mercredi 11 août.

Sammy Mahdi (CD&V), secrétaire d’Etat à l’Asile et à la Migration, a longuement justifié sa décision de rester « ferme » pour l’instant et, surtout, de maintenir sa confiance dans l’appréciation du Commissariat générale aux réfugiés en charge des demandes d’asile. « La différence entre les Pays-Bas et la Belgique, c’est que la décision du Commissariat intervient en toute indépendance, expliquait-il. Je fais davantage confiance en un service indépendant que dans des décisions prises par un gouvernement avec un parti X ou Y au pouvoir. »

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Cela dit, Sammy Mahdi se trouve pris entre deux feux, alors que son prédécesseur, Theo Francken (N-VA), ne cesse de mettre la pression sur lui. Il doit faire preuve de fermeté, anticiper les événements, mais se retrouve somme toute acculé à mener une politique assez semblable à celle du gouvernement précédent. Alors que la Vivaldi souhaitait une rupture dans ce domaine comme dans d’autres.

« La réalité globale est bien pire », commentait une source interne à la majorité, alors que le dossier afghan pointait le bout de son nez. « Ce dossier va revenir comme un boomerang. »

Après la crise sanitaire, ce sujet est de la nitroglycérine pour le gouvernement De Croo. Avec le dossier climatique, singulièrement la question nucléaire, c’est sans doute celui qui le met le plus à l’épreuve.

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