Opinion

Mélanie Geelkens

Une sacrée paire de verres: « Une femme alcoolique… Impossible! »

Mélanie Geelkens Journaliste, responsable éditoriale du Vif.be

Agressivité. Paranoïa. Pensées suicidaires. Le seul moment où elle se sentait bien, écrit-elle, était celui où elle perdait la conscience et le contrôle. « Ivre, je ne souffrais pas… Je crois. »

« Etre alcoolique, ce n’est déjà pas terrible vis-à-vis des autres. Alors une femme alcoolique… Impossible! » Sur le site des Alcooliques anonymes, cette dame qui ne cite pas son prénom déroule sa vie, au fil des paragraphes. Une consommation d’abord occasionnelle, juste pour se détendre. Un mariage très jeune, deux petites filles. Puis un divorce, le décès de proches, et cette distance qu’elle avait douloureusement réussi à garder avec la boisson s’annihile, d’un coup. Elle avait vu son père, pourtant. Bourré du soir au matin. « Moi, jamais », s’était-elle juré.

Agressivité. Paranoïa. Pensées suicidaires. Le seul moment où elle se sentait bien, écrit-elle, était celui où elle perdait la conscience et le contrôle. « Ivre, je ne souffrais pas… Je crois. » Retrait de permis. Fêtes entre amis gâchées. « Combien de fois me suis-je retrouvée au petit matin, dans des endroits inconnus, sans savoir où était ma voiture, avec qui j’étais, avec qui j’avais passé la nuit… »

L’alcool n’a pas de genre. Il paraît que cela étonne toujours les nouveaux venus lors de leurs premières réunions entre Alcooliques anonymes: beaucoup d’hommes mais aussi de femmes. Mais est-ce réellement si surprenant? La bibine, cette drogue facile d’accès, pour celles qui – statistiquement – versent moins dans la délinquance. Aussi les fabricants, ces dernières années, ont-ils dépensé toute leur énergie commerciale à cibler celles qui, jusque-là, picolaient moins. Goûts fruités, jolies étiquettes, faibles dosages, cocktails colorés… C’est bon, ça pétille, ça se déguste comme une limonade.

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Pour beaucoup, ça s’arrête là. Un moment festif ; le lendemain, ce sera de l’eau. Mais pour certains (un Belge sur dix), ça devient une obsession. Une échappatoire. Les problèmes s’abattent sur les vies sans se soucier du sexe de ceux qui les mènent. Et pourtant… Un mec qui titube en rue, qui parle trop fort en soirée, qui se réveille dans des draps inconnus, ça passe mieux. Juste un bon vivant, le gars. Mais elle, là, toujours bourrée. Quelle dévergondée! Elle n’est pas gênée?

Si, en fait. Sans doute encore plus qu’un autre addict. Parce qu’à chaque verre, elle sait qu’elle brise davantage le mythe de l’épouse parfaite, de la maman idéale que la société lui a assigné. Au fond de chaque bouteille, elle devine parfaitement les risques de perte. Aucune indulgence pour une mère alcoolique. Une association suisse d’aide aux proches d’alcoolodépendants détaillait dans sa brochure à quel point les compagnons de femmes ne pouvant s’empêcher de boire jetaient vite l’éponge et se barraient, alors qu’inversement, les conjointes ont tendance à trop rester. Syndrome de la sauveuse. Typiquement féminin.

A chaque bouteille qu’elles s’étaient pourtant promis de ne pas déboucher, les femmes alcooliques auraient tellement honte qu’elles solliciteraient encore moins facilement de l’aide. Or, si la plongée dans la dépendance est souvent solitaire, l’émergence se produit toujours accompagné(e). L’alcoolisme est une (sale) maladie, peu importe qui elle touche. Mais gommer son incidence sur les femmes de l’imaginaire social ne la rendra pas moins pénible à collectivement supporter.

Battue, tu ne seras pas

En Afghanistan, des affiches, imaginées par le ministère pour la Promotion de la vertu et la Prévention du vice, s’exposent sur les vitrines des magasins de Kaboul, invitant les Afghanes à porter le hijab, un foulard couvrant la tête mais non le visage. La photo représente pourtant un voile intégral qui ne laisse découverts que les yeux. « Selon les principes de la charia, lit-on sur l’affiche, les femmes doivent porter le hijab. » Cela ne signifie pas que « si une femme ne les suit pas, elle sera punie ou battue », précise le ministère. Ouf!

Patience, patience…

En 2012, la Commission européenne avait convenu d’introduire un quota de femmes dans les conseils d’administration des cinq mille entreprises européennes cotées en Bourse. Neuf ans plus tard, rien n’a bougé. Les femmes représenteraient 35% des administrateurs dans les entreprises cotées. La présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, entend bien garantir, à l’avenir, un quota de genre de 40% dans ces cénacles très masculins, donc relancer la machine. La Belgique, elle, affiche un taux de 37% de femmes dans les CA (17% dans les comités de direction).

60 000

C’est le nombre de kilomètres qu’a parcourus, dans les airs, la jeune pilote belgo-britannique Zara Rutherford. Pari gagné pour celle qui, à 19 ans, vient ainsi de battre un record, devenant la plus jeune femme à avoir fait le tour du monde en solitaire en avion de sport (lire Le Vif du 2 septembre dernier). A bord de son ULM, elle aura traversé plus de cinquante pays. Le message est clair: lancez-vous dans l’aviation, les sciences et l’informatique, les filles! Tout est possible.

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