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Transition énergétique: les trois obstacles qui compliqueront l’objectif de 30% de renouvelable

Christophe Leroy
Christophe Leroy Journaliste

Une hotte remplie de nucléaire, de gaz et de renouvelable… Après les paquets de mesures destinées à aider les ménages à faire face à l’envolée des prix de l’énergie, le gouvernement De Croo a dégagé, le 18 mars, un accord sur des mesures plus structurelles pour assurer l’avenir énergétique de la Belgique. Reste à tenir les promesses, notamment en matière de renouvelable, qui doit passer de 20 à 30% en huit ans. Mais les obstacles sont nombreux.

Le contexte

Le 18 mars, après de longues et difficiles négociations, le gouvernement De Croo décidait de prolonger de dix ans l’activité de deux des sept réacteurs nucléaires belges et d’investir vingt-cinq millions d’euros par an dans la recherche pour du nucléaire de nouvelle génération. En parallèle, il continuera de mettre en oeuvre la construction des centrales à gaz prévues par le CRM – le mécanisme de rémunération des capacités visant à faciliter la transition énergétique. Enfin, il s’est engagé à lancer des investissements pour 1,16 milliard d’euros, et à mener des réformes dans les matières qui sont de compétence fédérale, pour accélérer la transition vers la neutralité climatique et l’indépendance énergétique: éolien offshore, hydrogène vert, baisse de la TVA sur les panneaux solaires, etc.

D’ici à 2030, 30% de notre électricité proviendra de sources renouvelables, contre 20% environ à l’heure actuelle. Telle est la promesse formulée par la ministre de l’Energie, Tinne Van der Straeten (Groen). Sachant que l’électricité ne représente qu’un cinquième de l’énergie consommée dans le pays, cet objectif intermédiaire paraît raisonnable. Dans le détail, il traduit pourtant l’immense chemin que le pays doit encore parcourir. Huit gigawatts (GW) d’éolien en mer du Nord? C’est presque quatre fois plus que la puissance actuelle, qui ne sera pas étendue avant 2027. Un nouveau potentiel de 1,5 GW pour l’éolien terrestre, grâce à des règles plus souples dans les zones d’exclusion militaire et aéronautique? Il s’agirait de 60% de la capacité actuelle, installée durant quatorze ans. Du photovoltaïque sur les toits des bâtiments publics et privés? Reste à savoir lesquels, et avec quelles (coûteuses) contraintes pour le réseau.

Pour l’éolien, la Wallonie a fait un pas en arrière en répartissant les compétences entre deux ministres qui ne partagent pas la même vision.

« On ne peut se réjouir d’un accord qui acte notre incapacité à sortir du nucléaire, commente Fawaz Al Bitar, directeur général de la Fédération des énergies renouvelables (Edora). Mais en ce qui concerne les modalités de promotion du renouvelable, les principaux éléments ont été pris en compte. Cela reste toutefois une note d’intention à ce stade. » Pour la mettre en oeuvre, le gouvernement devra composer avec les majorités régionales, bien plus décisives pour donner le ton du déploiement de l’ éolien et du solaire.

Qu’importe: pour l’éolien terrestre, le fédéral apporte une contribution substantielle dans les limites de ses compétences. D’une part en ouvrant la réflexion sur ces fameuses zones d’exclusion, en invoquant des chiffres ambitieux, d’autre part en s’intéressant aux délais de recours devant le Conseil d’Etat. A l’heure actuelle, ces derniers constituent un frein indéniable pour la filière: 480 mégawatts de projets éoliens sont actuellement bloqués. « Nous demandions l’instauration d’un délai de rigueur pour les recours en annulation au Conseil d’Etat, mais cela n’a pas été libellé ainsi dans le texte, précise Fawaz Al Bitar. Néanmoins, la ministre de l’Intérieur (NDLR: Annelies Verlinden, CD&V) doit s’engager à présenter un plan d’ici à mai 2022, ce qui est un échéancier assez court. Pour l’éolien, cet accord va dans la bonne direction. » Sans toutefois résoudre l’ensemble des maux dont souffre la filière.

Pour l'éolien terrestre, le fédéral apporte une contribution substantielle dans les limites de ses compétences.
Pour l’éolien terrestre, le fédéral apporte une contribution substantielle dans les limites de ses compétences.© belga image

Premier problème pointé par Edora: l’octroi des permis. « Alors que la Wallonie était l’une des premières régions d’Europe à recourir au système du permis unique, elle a aussi été la première à faire un pas en arrière en répartissant les compétences entre deux ministres qui ne partagent pas la même vision. » Philippe Henry (Ecolo) est en effet en charge de l’Energie, tandis que l’ Aménagement du territoire dépend de Willy Borsus (MR). « Or, ces derniers temps, on constate que le ministre Borsus, en particulier, ne fait pas suffisamment appel à son pouvoir d’appréciation face à la balance entre les intérêts locaux et régionaux« , poursuit Fawaz Al Bitar.

Deuxième obstacle: le cadre réglementaire actuel de la Wallonie est incompatible avec les éoliennes dernier cri, plus puissantes et plus hautes. Celui-ci prévoit un critère de distanciation avec les habitations à proximité correspondant au minimum à quatre fois la hauteur du mât éolien – sauf de rares exceptions. D’après Edora, les mâts de 150 mètres installés en Wallonie ne constituent plus du tout la norme à l’échelon européen. Ils seraient également plus chers, puisque moins vendus. Or, les parcs conçus à cette hauteur se heurtent déjà à une opposition systématique des riverains. Dans ce contexte, quel ministre oserait réformer le cadre de référence éolien, en vue d’autoriser l’émergence de mâts plus hauts?

La dernière difficulté porte sur le remplacement futur (appelé « repowering ») des premiers parcs éoliens installés en Wallonie. En 2013, le cadre de référence a durci les règles de distanciation – 350 mètres minimum auparavant, quelle que soit la hauteur des mâts. Quand bien même les développeurs de parcs antérieurs à ce cadre installeraient de nouvelles éoliennes de même taille, leur permis pourrait ne pas être renouvelé. Or, le repowering est un élément essentiel en vue d’accroître la production éolienne future.

Comparativement, les ambitions affichées pour le photovoltaïque sont bien moins sujettes à polémique. Si ce n’est que le gouvernement fédéral ne se risque pas à préciser le potentiel des toits des bâtiments publics et des gares SNCB qu’il prétend vouloir équiper. Il lui manque un cadastre, semblable à ce que la Région de Bruxelles-Capitale a accompli à son échelle, avec le projet SolarClick (150 bâtiments équipés à terme). En Wallonie, le flou persistant concernant le potentiel photovoltaïque, public et privé, alimente une stratégie politicienne consistant à lui greffer les objectifs manqués de l’éolien, tout en refusant d’en installer dans les champs. C’est pour le dissiper qu’Edora demande notamment un masterplan wallon pour le solaire.

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